Appel à communications : « Enfants et adolescents sans famille dans les guerres du XXe siècle »

Ce colloque est consacré aux enfants - cachés, déplacés, réfugiés, déportés, orphelins, enrôlés… - qui se sont trouvés séparés de leur milieu familial au cours des conflits armés du XXe siècle. Sans exclure a priori aucun aspect de la question, cet appel entend susciter des propositions qui pourront notamment porter sur : l’événement de la séparation, ses causes, son déroulement, sa temporalité ; l’expérience vécue par les enfants ; la trace, notamment mémorielle, que ces séparations laissent aux individus et aux sociétés.

Les recherches récentes sur la guerre ont mis en lumière qu’enfants et adolescents étaient des acteurs sociaux à part entière des conflits armés du XXe siècle : victimes, et parfois cibles privilégiées des belligérants, participants directs, voire combattants, ils sont aussi un enjeu des affrontements ou, plus tard, des négociations d’après-guerre. Ces nouvelles perspectives historiographiques sur la place et le rôle de la jeunesse dans les guerres de l’époque contemporaine s’appuient en outre sur un renouvellement archivistique, puisqu’elles donnent toute leur place, parmi les sources de l’historien, aux productions enfantines et juvéniles (écriture de soi, dessins, par exemple). Quant à l’histoire orale des guerres civiles ou interétatiques du XXe siècle, par un évident effet de génération et de disparition progressive de ceux qui les ont vécues à l’âge adulte, elle se fait aujourd’hui de plus en plus à hauteur d’enfant.
De ces travaux scientifiques émerge une figure récurrente, celle de l’enfant séparé du milieu familial dans lequel il grandissait avant que la guerre n’éclate. Enfants-soldats, enfants cachés, déplacés, réfugiés, détenus ou déportés, orphelins de guerre, témoignent de ce que cette séparation est un des aspects majeurs de ce que la guerre fait à l’enfant. À tel point que, avant même la fin du conflit parfois, la question des « sans famille » peut apparaître comme une préoccupation centrale des contemporains, et que le retour à la paix donne souvent lieu, de la part des États, des communautés religieuses ou ethniques, des organisations non gouvernementales, ou simplement des individus eux-mêmes, à d’importants efforts pour permettre les retrouvailles familiales mais aussi, dans certains cas, la réintégration au giron communautaire ou national, tandis que se développent réflexions et expériences afin d’assurer la prise en charge matérielle, affective et psychologique de ceux qui sont privés du retour au bercail.
Le temps semble donc venu d’esquisser une synthèse historiographique mais aussi d’initier une réflexion spécifique et collective autour de cette figure de l’enfant séparé de sa famille par la guerre. Pensé comme un premier jalon sur cette voie, le colloque propose d’interroger cette séparation à la fois comme un événement (dans un contexte politique, social, guerrier), une expérience (vécue et éventuellement transmise) et une trace (marquant à la fois la vie adulte de ceux qui l’ont subie et, plus généralement, les sociétés d’après-guerre). En outre, le titre même du colloque devra être questionné, sinon déconstruit : « sans famille » ne signifie pas nécessairement « sans personne », et l’un des enjeux des échanges et des interventions sera de comprendre les expériences juvéniles de la séparation en temps de guerre en interrogeant aussi le rôle des fratries, des parents de substitution, des services sociaux ou des groupes de pairs, qui, à des degrés divers, peuvent éventuellement prétendre faire famille.
D’une manière générale, ce colloque sera l’occasion de procéder à un triple décloisonnement, d’abord en croisant des champs historiques qui ne se rencontrent encore que trop rarement (histoire de la guerre, histoire de l’enfance et de l’éducation), en confrontant ensuite le regard historique à celui des autres sciences sociales et sciences de la psyché, enfin, en faisant dialoguer chercheur.se.s, témoins et archivistes.

Le colloque se tiendra les 27, 28 et 29 novembre 2019 aux Archives Nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine). Les langues de travail seront le français et l’anglais.
Les doctorant.e.s sont vivement encouragé.e.s à participer, y compris sous la forme de posters qui seront exposés puis présentés au cours d’une session spécifique.
Les propositions de poster ou de communication (en français ou en anglais) devront comporter les renseignements et éléments suivants :

  • Nom et prénom
  • Université ou institution de rattachement
  • Fonction
  • Titre provisoire de la communication ou du poster
  • Présentation de la communication ou du poster, précisant le contenu (qui doit être inédit), la méthodologie et les sources (3 500 signes maximum)
  • Court CV (une page maximum)
    Les propositions sont à envoyer avant le 15 février 2019 à l’adresse suivante : colloqueenfantssansfamille@gmail.com
    Elles seront examinées par les responsables scientifiques du colloque (coordinateurs et membres du comité scientifique).

Calendrier

  • 15 décembre 2018 : appel à communications
  • 15 février 2019 : envoi des propositions (3 500 signes) et CV (1 page)
  • 15 avril 2019 : sélection des communications et posters
  • 27, 28 et 29 novembre 2019 : tenue du colloque
  • Publication des actes prévue pour l’automne 2020

Comité scientifique

Stéphane Audoin-Rouzeau (École des hautes études en sciences sociales)
Sarah Fishman (University of Houston)
Mathias Gardet (Université Paris 8 - Vincennes - Saint-Denis)
Laura Lee Downs (European University Institute, École des hautes études en sciences sociales)
Philippe Nivet (Université de Picardie Jules Verne)
Brian Schiff (American University of Paris)
Nicholas Stargardt (Magdalen College, University of Oxford)
Vanessa Szollosi (Archives nationales de France)
Annette Wieviorka (Centre national de la recherche scientifique)
Tara Zahra (University of Chicago)