Educatrices religieuses / laïques

Du XIXe siècle au milieu des années 1970, la rééducation des filles est déléguée au secteur confessionnel. Recrutées par des congrégations comme celle des Bon Pasteur, principalement au sein de familles aristocrates ou bourgeoises empreintes des valeurs du catholicisme social, ces employées, religieuses ou laïques, ne reçoivent quasiment aucune formation. Le personnel laïc assure principalement la fonction de surveillance. Les soeurs, quant à elles, prononcent les trois vœux habituels (chasteté, pauvreté, obéissance) auxquels s’ajoute un quatrième, celui de « se dévouer au salut des âmes pécheresses ».
Considéré comme un prolongement de leur rôle éducatif dit naturel, un même dévouement s’impose aux premières éducatrices du secteur public à partir des années 1945. A l’instar de l’Internat Professionnel de l’Education Surveillée (IPES) de Brécourt - un des premiers établissements pour filles ouvert par l’Etat – le célibat est fortement encouragé et une moralité irréprochable est demandée aux éducatrices qui doivent représenter un exemple d’identification féminine pour les jeunes filles dont elles s’occupent. Elles ont aussi pour charge d’en faire de parfaites maîtresses de maison, de bonnes épouses et futures mères de famille.
Logées sur place, elles partagent de fait le même enfermement que les mineures et les mêmes règles de vie strictes des établissements.
Quelques épouses d’éducateurs participent, dans les établissements masculins ouverts après la Libération, à l’encadrement de jeunes garçons. Pour certaines, cette expérience suscitera de véritables vocations professionnelles.
Très minoritaires dans les premières promotions d’éducateurs à Vaucresson, les femmes commencent à se former dans les années 1950. Elles font bientôt valoir leur besoin d’être reconnues comme des professionnelles, tout autant que leurs homologues masculins. Il faut attendre les années 1970 pour que la mixité des personnels s’opère dans les établissements, éducateurs intervenant auprès des jeunes filles et éducatrices présentent dans des internats de garçons. En 1975, la loi exige que les concours de la fonction publique ne prennent plus en compte le sexe des candidat.e.s. Rapidement les femmes sont plus nombreuses que les hommes à être admises, jusqu’à devenir majoritaires dans le métier au début des années 1990. Aujourd’hui, les éducatrices, tant dans le secteur public que dans le secteur associatif, représentent 70 % des effectifs des promotions.

Texte  : Véronique Blanchard et Pauline Tournier