HENRY Michel

Né en octobre 1918 à Besançon, Michel Henry débute sa carrière de magistrat en 1941 à Besançon, puis est nommé juge des enfants à Vesoul entre 1945 et 1951.
En cette qualité, il s’émeut lors sa visite de l’institution de Frasnes-le-Chateau. d’une réalité devenue insupportable au lendemain de la guerre : les « cachots où étaient enfermés les enfants », qu’il dénonce au préfet.
Il obtient l’autorisation d’ouvrir un nouvel établissement, le centre de Frotey-Lès-Vesoul et se rapproche de personnalités novatrices (Paul Lutz, Jean-Louis Costa) et constitue avec un certain nombre d’autres magistrats (Puzin à Nancy, Joffre à Brive, Joseph à Savernes, Fabre de Morlhon à Béziers....) une garde rapprochée autour de Henri Michard(fondateur du Centre de formation et de recherche de l’Education surveillée (CFRES) lors des premières sessions d’études des juges des enfants à Marly-Le Roi à la fin des années 1940.
Affecté à la section socio-juridique créée en octobre 1965 au CFRES, il contribue à l’étude Vols et Voleurs de véhicules à moteur (1965), et s’efforce d’intégrer aux dimensions juridiques et institutionnelles, une perspective psycho-sociologique, comme l’appréciation par le jeune de sa propre attitude face à la perspective de la réaction sociale », Toujours soucieux de relier droit et sciences humaines, il consacre, dans une recherche comparative européenne sur le développement économique et la délinquance des jeunes une partie sur la comparabilité des critères juridiques (Annales de Vaucresson, n° 5, 1967).
Lancée en 1968 et 1969, une vaste enquête, menée sur la base d’un questionnaire général adressé à toutes les juridictions (142 magistrats dont 129 juges des enfants sont entendus sur plus de 1700 dossiers), paraît sous le titre Les jeunes en danger en 1972. Cet ouvrage reste exemplaire par l’ampleur et la rigueur technique de la démarche méthodologique de l’enquête ainsi que par la profondeur de la réflexion sur la nature de l’assistance éducative. Toute la philosophie de cette mesure de protection y est contenue, selon laquelle la fonction du juge des enfants n’est pas de trancher d’un conflit apparent comme dans le droit classique mais de faire évoluer un conflit profond, ou réel, dans son aspect relationnel. Cette conception du danger ne se réfère plus à la faute d’un individu ou d’un groupe individualisé, mais porte sur des liens. Le paradigme de l’étiologie de la délinquance des mineurs s’en trouve bouleversé.
Malgré le « succès » de la mesure d’assistance éducative, Michel Henry fut l’un des premiers, en 1975, à s’alarmer du « clivage » qui se fait jour au sein de la justice des mineurs entre secteur pénal et secteur civil, tout en poursuivant ses fonctions de magistrat jusqu’en 1983.

Texte : Jean-Pierre Jurmand