KEGLER Henri (1922-2012)

Né en 1922 à Gundolsheim (Haut-Rhin), Henri Kegler fait ses débuts d’éducateur très jeune lorsqu’à 17 ans, son ancien professeur le Frère Bernard Arnold, devenu directeur de l’établissement tenu par la Congrégation des Frères de Matzenheim, le sollicite pour un remplacement en septembre 1939.
A l’automne 1940, il est arrêté par la Gestapo et interné en même temps que les Frères de la congrégation au KZ de Schirmeck, camp de redressement, d’extermination et de déportation destiné aux Alsaciens et Lorrains refusant les « bienfaits de la germanisation ». Le centre est fermé, il rouvrira à la Libération sous le nom de Centre Mertian à Andlau. Henri Kegler rejoint en 1940 l’École normale d’Obernai réfugiée au monastère de Solignac en Haute-Vienne en tant qu’élève, puis enseignant. En 1946, il reprend ses études à l’Institut Pédotechnique de Toulouse et devient éducateur de groupe pendant deux ans et instituteur dans une classe d’adolescents à Montesson.
Dans une après-guerre marquée par un vent de renouveau, Henri Kegler incarne cet élan et un autre regard sur la jeunesse à « l’inquiétante étrangeté ». En 1949, il devient responsable du centre d’observation de Champ-Goubert à Évrecy nouvellement ouvert à Caen. Il fait partie des pionniers qui ont pensé des centres d’un nouveau genre, contenants mais très ouverts, et ont souhaité transformer le service social répressif ou paternaliste en une « institution sans murs » cherchant à accueillir sans enfermer, écouter sans juger, accompagner sans obliger. En 1954, il est nommé Directeur Adjoint de l’Ecole d’Educateurs Spécialisés de Paris à Epinay sur Seine puis il œuvre à l’ouverture en 1956 du Foyer Henri Guibé, un foyer de semi-liberté, accueillant une trentaine de jeunes pré-délinquants ou délinquants.
En 1959 il fonde l’Association calvadosienne pour la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (ACSEA) et développe son action au travers d’une vingtaine d’établissements pour plus de 10 000 usagers (enfants, adolescents, familles en grandes difficultés sociales…). Parallèlement, il devient en 1964 le directeur fondateur du Centre Régional d’Études, d’Actions et d’Information en faveur des personnes en situation de vulnérabilité (CREAI) de Basse-Normandie.
Pionnier et fondateur de nombreux groupements, il assume de nombreuses responsabilités sur le plan national : notamment au sein du GNDA (Groupement National des Directeurs d’Association du secteur social et médico-social), de l’AFSEA (Association Française pour la Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence), de l’ANEJI, (Association Nationale des Educateurs de Jeunes Inadaptés) , du SNASEA (Syndicat Employeur) et dans les instances de l’Économie Sociale.

Texte : Séverine Dard