LAFON Robert (1905-1980)

Robert Lafon est né près du Cap d’Agde à Marseillan où son père était médecin de village. C’est à la suite d’un échec au concours de l’internat de médecine qu’il trouve une place comme assistant libre dans le service du doyen Jules Euzière (1882-1971), professeur de clinique des maladies mentales et nerveuses, où il se maintient après avoir été reçu premier au concours suivant. Il y fait l’apprentissage de la neurologie et de la psychiatrie, avec pour terrains d’exercice l’hôpital général mais aussi l’hôpital psychiatrique où la chaire dispose de quatre pavillons. Il devient dès la fin de son internat en 1934 chef de clinique des maladies mentales et nerveuses. Il ouvre un cabinet privé l’année suivante.
Ses responsabilités comprennent celle de la Consultation d’hygiène mentale infantile qui vient d’être créée dans le service en 1933 et que le doyen Euzière lui confie. Il y examine surtout les enfants placés ou susceptibles d’être placés en classe de perfectionnement puis, en 1935, les mineurs suivis par le Service social près le Tribunal. Il se dira marqué par ses premiers contacts avec les assistantes sociales, comme par la fréquentation à l’époque de juristes, de magistrats, d’administrateurs publics et de personnalités privées réunis autour des mêmes problèmes et défendra par la suite ce modèle d’« équipe » interprofessionnelle. Dès 1943, il accumule les responsabilités au sein de la coordination régionale qui se met en place : secrétaire et conseiller technique de l’Union régionale de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (ARSEA de Montpellier) créée en avril, fondateur de l’Institut régional de psychopédagogie médico-sociale (future IPPMS) qui ouvre en octobre, chargé de mission d’un Comité régional de coordination (public) et responsable de sa Commission des questions médicales et éducatives. Il devient l’un des animateurs d’un secteur privé associatif dont le choix s’impose, dit-il, non par choix de principe mais par nécessité du fait de la carence d’initiatives publiques.
En 1946 l’IPPMS devient un institut d’université qui reste rattaché à l’ARSEA pour son financement ainsi que la formation pratique et les stages. Robert Lafon remporte la même année l’agrégation. La Chaire de clinique des maladies mentales et nerveuses comporte pour la première fois une section de neuropsychiatrie au sein de laquelle il va enseigner à Montpellier la neurologie, avant de devenir professeur titulaire de la chaire en 1952 en remplacement du doyen Euzière.
En 1948, il devient le président de l’Union nationale des associations de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (UNAR), créée pour représenter les ARSEA au niveau national et entretenir un dialogue avec les ministères concernés. En 1964, lorsque celle-ci est remplacée par arrêté ministériel en 1964 par un nouvel organisme (le Centre technique national pour l’enfance et l’adolescence inadaptées, CTNEAI), il fonde l’Association française de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (AFSEA) pour maintenir un lien entre les associations de sauvegarde.
Parallèlement, il assure la promotion de la psychopédagogie médico-sociale, une discipline de synthèse de sciences humaines adaptée à la sauvegarde de l’enfance. Il s’inscrit plus généralement dans la recherche sur les facteurs et les mécanismes des inadaptations et défend la théorie d’une unité des problèmes de "l’enfance inadaptée" par-delà les catégories d’enfants et adolescents en difficulté. Il accède à une stature internationale à travers les manifestations de l’UMOSEA (Union mondiale des organismes de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence) dont il est aussi le président, ses conférences à l’UNESCO, l’organisation en 1967 du premier congrès scientifique international sur l’arriération à Montpellier...
Robert Lafon est par ailleurs adjoint au maire de Montpellier, François Delmas, pendant deux mandatures. Il décède à Castelnau-le-Lez près de Montpellier à l’âge de 74 ans.

Texte : Sylvain Cid