Montesson

En 1895 à Montesson en région parisienne, un projet novateur d’établissement pour mineurs voit le jour. Portée par le conseiller Louis Lucipia, ancien communard, républicain radical et franc-maçon notoire, la nouvelle « maison d’éducation » dénommée « École Le Peletier de Saint-Fargeau », se destine à recevoir les mineurs délinquants de la Seine « acquittés comme ayant agi sans discernement » ou les enfants placés « en correction paternelle ».
Le nouvel établissement entend rompre avec le modèle carcéral de la Petite Roquette et proposer une éducation laïque pour réformer une enfance davantage victime que coupable mais échoue à s’imposer face aux difficultés rencontrées avec l’Administration pénitentiaire et la permanence de la Petite Roquette.

Pourtant, en 1901-1902, Montesson connaît un nouveau départ sous le nom d’« École de préservation Théophile Roussel » et accueille des enfants placés par des magistrats, les enfants indisciplinés des écoles primaires confiés par leurs parents, les pupilles difficiles de l’Assistance publique. Dès sa création, le Conseil général de la Seine a cherché à faire de Montesson un « établissement modèle » ayant vocation à incarner l’idéal humaniste de la Troisième République pour les enfants des familles ouvrières de la capitale. Plus des 2/3 des placements sont présentés comme volontaires et à l’initiative de « familles honnêtes ». La rééducation des mineurs (âgés de moins de 13 ans à leur admission) s’appuie sur l’instruction puis, lorsque le mineur a plus de treize ans, sur la formation professionnelle, jusqu’à ses 16 ans.
En dépit des accusations du moniteur René Zazzo, élève du psychologue Henri Wallon dans le célèbre numéro de Vu contre la discipline toute carcérale de l’établissement, Montesson semble, un temps, échapper au scandale qui frappe les « maisons de correction » dans les années 1930. Mais en 1940, le journal pro-allemand La Gerbe fait campagne contre le « bagne » de Montesson et le centre est repris en main par une nouvelle équipe menée par Jean Pinaud, adepte de la pédagogie scoute et militant des CEMEA. Sollicité par le juge Jean Chazal et le neuropsychiatre Georges Heuyer, il y introduit les méthodes éducatives naissantes contre le modèle carcéral et accueille à partir de 1943 les premiers stagiaires du nouveau « Centre de Formation de Ré-éducateurs spécialisés ».
En 1968, Montesson devient un « Centre de Neuropsychiatrie Infantile ». En 1974, l’Institut Interdépartemental Théophile Roussel reçoit le statut de centre hospitalier spécialisé autonome et interdépartemental.

Texte : Pascale Quincy-Lefebvre