Patronage Rollet

Le Patronage de l’enfance et de l’adolescence est fondé en 1890 par Henri Rollet (1860-1934), alors jeune avocat, pour éduquer et placer les enfants de 8 à 18 ans « dévoyés, vagabonds ou jeunes coupables », non pris en compte par la nouvelle Union française de sauvetage de l’enfance (UFSE). Dans un local situé 13 rue de l’Ancienne Comédie, les jeunes garçons sans ouvrage et sans ressources se voient proposer de menus travaux (triage de graines, confection d’étiquettes…) dans ce qui devient la « Maison de travail » du Patronage. Ils reçoivent en échange de la nourriture, le logement et une gratification pour les plus méritants. L’œuvre dirigée puis présidée par Henri Rollet les place ensuite dans l’agriculture ou dans l’industrie, en se chargeant si nécessaire de fournir un trousseau et payer les frais de voyage. Un réseau de correspondants se met rapidement en place dans un nombre croissant de départements ruraux pour trouver et contrôler les lieux de placement.

En octobre 1912, le « Patronage Rollet » construit les bâtiments de son installation définitive au 379 de la rue de Vaugirard grâce à des financements privés importants. L’activité du Patronage gagne en importance et l’effectif des placements judiciaires comme des placements par les familles augmente. Néanmoins, les luttes qui opposent dans les années 1920 Henri Rollet, dans sa défense des associations, à l’administration sont préjudiciables au Patronage Rollet. En 1928, l’inspecteur général Rouvier dépose un rapport sur l’ensemble des patronages qui n’épargne pas les deux œuvres fondées par le « bon juge », le Patronage Rollet et la Tutélaire, critiquées à la fois sur les plans du respect des statuts, de la tenue des comptes, du sous-placement institutionnel et de l’encadrement éducatif… Les transformations sont coûteuses et les déficits s’accumulent.

En juin 1944, le Patronage Rollet recrute un jeune éducateur, Bernard Durey, au poste de directeur. Avec une nouvelle équipe triée sur le volet, ce dernier entreprend une réforme qui fera modèle pour d’autres établissements. Le placement familial rural pratiqué massivement n’est plus considéré comme la solution. Le fonctionnement de « l’asile temporaire », « qui abritait les garçons en instance de départ suivant toutes les règles du système grégaire », est également abandonné. A la place fonctionnent désormais un Centre d’observation et un pavillon « Home » de semi-liberté. L’accent y est mis sur l’aménagement d’un « milieu favorable », « milieu matériel d’abord, milieu de personnes ensuite », ce qui pose le problème de la sélection des éducateurs. Deux maisons sont également ouvertes en province. Le développement du Patronage est arrêté dans son élan par une inspection des services administratifs du Ministère de l’Intérieur. La dissolution de l’association est décidée en 1947 et confirmée par décret en 1948, faute de repreneur, avec dévolution des biens au département de la Seine.

Texte : Sylvain Cid

Source illustration : carte postale