Petite Roquette

Au début du 19e siècle il apparaît nécessaire d’offrir aux mineurs pénaux (moins de 16 ans) des modalités d’enfermement différentes de celles des adultes. La prison, « école du crime », est le premier lieu de la réforme. Il faut éviter la promiscuité entre les jeunes vagabonds et les vieux bandits. La tentative de créer au sein de chaque maison d’arrêt des quartiers séparés réservés exclusivement aux mineurs préconisée par une circulaire de 1819 est lente à se mettre en place. Devant ces difficultés, les milieux réformateurs comme la Société royale pour l’amélioration des prisons considèrent que seule une prison dédiée aux mineurs permettrait de créer les conditions réelles de la rédemption. Inspirée par les observations d’Alexis de Tocqueville aux États-Unis, la Petite Roquette est construite à l’est de Paris, à deux pas du cimetière du Père-Lachaise selon une architecture innovante : le panoptique. Il s’agit de bâtiments de détention édifiés en étoile autour d’une tour centrale de surveillance.
Cette vaste prison de cinq cent cellules individuelles offre une organisation particulière. Les premières années les jeunes détenus bénéficient du système dit auburnien (du nom de la prison d’Auburn dans l’État de New York) alliant temps collectifs (activités de jour) et enfermement en cellules individuelles (la nuit). Néanmoins, parce qu’il n’est pas simple de discipliner des groupes d’enfants détenus dans les ateliers et lors des déplacements, une organisation alternative s’impose dès 1840. Inspiré toujours par l’Amérique mais cette fois par le modèle de la prison de Philadelphie, l’encellulement solitaire est dorénavant privilégié de jour comme de nuit, l’isolement étant même organisé au cours des promenades et des messes du dimanche. Silence et solitude deviennent la règle. Afin d’éviter tout contact entre les enfants un ensemble de mesures sont prises : cloisonnements, hauts-murs, cagoules…
Malgré l’enthousiasme initial pour cette prison modèle, les critiques à l’égard de la Petite Roquette se multiplient dès les années 1860. En 1865, la visite de l’impératrice Eugénie aux jeunes détenus est un désastre, insultes et désordres ne peuvent être évités par l’administration. D’autre part, certains médecins et observateurs dénoncent un système inhumain et inutile. Les chiffres accablants du taux de mortalité des jeunes prisonniers (12%) et les nombreux cas de folie recensés mettent fin à l’expérience. À partir des années 1870, la Petite Roquette n’est plus considérée comme la solution idéale pour l’incarcération des mineurs. Pendant quelques décennies, devenue prison ordinaire, elle reçoit encore des enfants punis de courtes peines (moins d’un an), et quelques individus en attente de jugement. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il n’y a plus aucun jeunes détenus… ils sont remplacés par des femmes délinquantes et criminelles. À la suite d’autres prisons parisiennes, la Petite Roquette est détruite en 1974. Sur son emplacement se trouve désormais un square. Seul vestige du passé, l’ancien portail d’entrée de la prison.

Texte : Véronique Blanchard