Publication de « La parole est aux accusés. Histoires d’une jeunesse sous surveillance, 1950-1960 », Véronique Blanchard, Mathias Gardet (Ed. Textuel)

C’est grâce à des archives bouleversantes et totalement inédites que sont révélées ici les trajectoires de douze adolescents, six filles et six garçons, aux prises avec la justice au sortir de la guerre. Les deux auteurs, excellents connaisseurs des archives de la justice des mineurs, ont eu accès aux centaines de dossiers de deux centres d’observation, l’un à Savigny-sur-Orge (pour garçons) et l’autre à Chevilly-Larue (pour filles). Ces centres qui dépendent de l’Éducation surveillée, détiennent des J.V., « Jeune à vérifier », avant leur passage devant le juge des enfants. Ces dossiers contiennent notamment les écrits et les dessins des adolescents soumis à de nombreux tests et exercices variés. Ces jeunes, issus très majoritairement des classes populaires, se racontent au travers de rédactions, bandes dessinées, lettres à la famille ou au fiancé, ou encore au juge auprès duquel ils tentent de plaider leur cause.

Mais dans ces dossiers est aussi conservée la parole de l’administration : police, médecins, psychologues, assistantes sociales, etc. Le face-à-face entre les mots des jeunes et ceux des experts est d’une violence inouïe. Il en dit long sur les préjugés de classe et de genre, sur le sexisme et le racisme qui prévalaient, conduisant à des décisions de justice aberrantes, lourdes de conséquences pour une jeunesse certes surveillée mais ni écoutée, ni entendue.

Véronique Blanchard, co-auteure de Mauvaises filles (Textuel, 2016), est historienne et responsable du Centre d’exposition « Enfants en justice » (ENPJJ).

Mathias Gardet est historien, spécialiste des politiques sociales de la jeunesse et maître de conférences HDR en sciences de l’éducation à l’université Paris 8.

Disponible en librairie le 23 septembre 2020

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