ROLLET Henri (1860-1934)

Henri Rollet est né à Soissons le 12 février 1860, il fait des études de droit à Paris où il devient avocat en 1882. Amené à défendre quelques mineurs, il est choqué par la manière dont les décisions sont prises à leur égard par le tribunal correctionnel. Il rencontre le magistrat Georges Bonjean qui a créé une école professionnelle pour les enfants moralement abandonnés. Tous deux élaborent pour ces jeunes, un projet d’enquête sociale. H. Rollet entre en contact avec l’Union française pour le sauvetage de l’enfance qui vient d’être créée en 1887 par l’ancien ministre et sénateur Jules Simon et Pauline Kergomard, fondatrice des écoles maternelles. Très vite, en 1888, Henri Rollet devient le secrétaire du "Sauvetage de l’enfance".
En 1889, il contribue, avec le docteur Théophile Roussel, à l’élaboration de la loi du 27 juillet 1889 sur la déchéance paternelle. En 1890, avec Paul Flandin, conseiller à la Cour d’appel de Paris, il crée le comité de défense des enfants traduits en justice qui aura un rôle important dans la préparation des lois de 1898 sur la protection de l’enfance et du 27 juillet 1912 sur le tribunal pour enfants et adolescents.
En 1890, il fonde le Patronage de l’enfance et l’Adolescence à Paris qui sera connu plus tard sous le nom de Patronage Rollet, au 13 rue de l’Ancienne Comédie (l’actuel café Procope). Il y reçoit les enfants vagabonds auxquels il procure des petits travaux. Le soir, ces derniers sont hébergés dans de grandes tentes militaires (le père d’H. Rollet est général) dans le 13e arrondissement et à Maisons-Alfort, avant d’être placés à la campagne chez des paysans. Le Patronage s’installe ensuite en 1898 rue de Rennes puis en 1912 rue de Vaugirard où Henri Rollet ouvre, avec le docteur André Collin, un service d’examen mental. En 1891, il lance la revue mensuelle L’Enfant, organe de la protection de l’enfance. En 1914, il fondera également la Tutélaire à Issy-les-Moulineaux pour accueillir des garçons de moins de 13 ans et des filles de 13 à 18 ans.
En 1906, il participe avec Edouard Juilhet, et le sénateur Ferdinand Dreyfus à l’élaboration de la loi sur le tribunal pour Enfants et Adolescents, il accorde beaucoup d’importance à la Liberté Surveillée, inspirée du système de la probation aux Etats-Unis et contribue à la création d’un service de délégués et e rapporteurs, en lien avec le magistrat Albanel.
F. Dreyfus le charge de rédiger le décret d’application de la loi de 1912, signé le 31 août 1913. La loi de 1912 et son décret d’application peuvent apparaître comme un véritable manifeste en faveur des Patronages.
Le 4 mars 1914, Henri Rollet est nommé juge au Tribunal pour Enfants et Adolescents par le Garde des Sceaux et devient bientôt Président de la Chambre spéciale des mineurs.
En 1917, sur proposition des chefs de Cour, H. Rollet doit quitter cette présidence et ne plus siéger que comme assesseur. L’administration lui reproche d’« être plus un professionnel des Patronages qu’un magistrat », et certains magistrats estiment que sous sa présidence, "il aurait manifesté aux jeunes délinquants une indulgence telle que l’oeuvre de répression aurait considérablement souffert". Il est remplacé par un magistrat de carrière.
Au début des années 1920, H. Rollet envisage d’instituer un Service social au sein de l’appareil judiciaire, il crée une association de Service Social de l’Enfance (SSE), en 1923, avec l’aide financière d’une femme de banquier, Olga Spitzer et de l’américaine Chloé Owings. Celle-ci vient de soutenir à la Sorbonne une thèse de sociologie sur « le traitement des mineurs délinquants par les tribunaux » sous la direction de Paul Fauconnet. Le SSE travaille en lien avec les tribunaux. Enfin en 1925, il est à l’instigation de la création, dans les locaux du Patronage de l’enfance rue de Vaugirard, de la clinique annexe de neuropsychiatrie infantile où le docteur Georges Heuyer assure la première consultation de cette discipline.
Henri Rollet, dont la dimension internationale est de plus en plus importante, contribue à la création de l’Association Internationale de la Protection de l’Enfance et de l’Association Internationale des juges des enfants dont il sera le Président d’honneur en 1930.
Le 14 février 1931, H. Rollet, qui n’a bénéficié d’aucun avancement depuis sa nomination comme juge des enfants en 1914, demande à prendre sa retraite. Il sera nommé Président de section honoraire et n’aura, en fait, que très peu jugé à partir des années 1920. Il meurt le 18 décembre 1934, alors que viennent d’éclater, trois mois plus tôt, les campagnes de presse contre les bagnes d’enfants.
Cette figure incontournable et pionnière de la justice des enfants, fut pourtant fortement critiquée par ses contemporains.

Texte : Jacques Bourquin