MICHARD Henri (1908-2002)

Né à Régny (Loire) dans une famille paysanne, Henri Michard entre à l’École normale d’instituteurs de Lyon en 1924, avant d’intégrer l’École normale supérieure (ENS) de Saint-Cloud en 1929. Il est professeur de lettres à Loches, Quimperlé, puis à Bourges avant d’être nommé inspecteur primaire à Vouziers puis à Moulins, entre 1935 et 1943. C’est en tant qu’inspecteur d’académie à Blois, depuis 1943, qu’il rencontre René Courtois, un instituteur qui co-dirige depuis 1938 la réforme de l’Institution publique de l’Éducation surveillée de Saint-Maurice à Lamotte-Beuvron. Cette réforme est aussi suivie avec intérêt par deux condisciples d’Henri Michard à l’ENS de Saint-Cloud : Gabriel et Alice Delaunay. À la Libération, l’un et l’autre ont été nommés par le général de Gaulle respectivement commissaire de la République à Blois et députée à l’Assemblée provisoire consultative qui tient lieu de Parlement avant les élections législatives. En février 1945, alors qu’est promulguée une ordonnance sur l’enfance délinquante mais avant même que soit créé le corps des éducateurs de l’Éducation surveillée (avril 1945) et la direction de l’Éducation surveillée rattachée au ministère de la Justice (septembre 1945), Alice Delaunay demande à Henri Michard de réfléchir à un projet de création d’un centre de perfectionnement et de recherche de l’Éducation surveillée. Le projet remis au mois de mai pointe la nécessité de lier formation et recherche, « moyen essentiel pour inventer l’Éducation surveillée et dégager de nouvelles méthodes ».

Fin 1945, Henri Michard quitte l’Éducation nationale pour entrer à la direction de l’Éducation surveillée. Il y occupe des fonctions d’inspecteur chargé de créer un centre de formation et de recherche. Dans un premier temps, il pense que la formation initiale des éducateurs doit relever de l’Éducation nationale et de l’école de Beaumont-sur-Oise qui forme des instituteurs spécialisés. L’Éducation surveillée n’aurait pris en charge que la formation de perfectionnement des personnels en lien avec la recherche. Il modifie sa position en 1946-1947. Les premières sessions de formation initiale d’éducateurs de l’Éducation surveillée ont lieu à Savigny-sur-Orge puis à l’Institut national d’éducation populaire (INEP) de Marly-le-Roi jusqu’à l’ouverture, en 1951, du Centre de formation et d’études de l’Education surveillée à Vaucresson. Henri Michard en assumera la direction jusqu’en 1974.

Les premières sessions de perfectionnement sont programmées en 1952 et regroupent des psychologues, des éducateurs déjà en poste depuis quelques années et les délégués permanents à la liberté surveillée, bientôt rattachés au corps des éducateurs en 1956. Le secteur de la recherche est mis en place en 1958 et placé sous la responsabilité de Jacques Selosse, de retour du Maroc. Il s’ensuit une succession de recherches au cours des années 1960-1970, relayées par une revue créée par Henri Michard en 1963 qui va rapidement acquérir une dimension internationale : Les Annales de Vaucresson. Henri Michard est alors au cœur d’un véritable réseau culturel et intellectuel qui va contribuer à la renalors ommée de Vaucresson. Humaniste chrétien et laïc, comme il le souligne, il est un proche d’Emmanuel Mounier et de la revue Esprit dès l’avant-guerre. Il va y publier de nombreux articles, en particulier dans les années 1950 sur la délinquance juvénile. Membre du comité directeur de Peuple et Culture, il y rencontre aussi bon nombre de futurs intervenants majeurs de Vaucresson : le sociologue Joffre Dumazedier, le psychopédagogue Gilles Ferry, l’autodidacte Bénigno Cacérès. D’autres rencontres enrichiront le champ disciplinaire de la formation des éducateurs : celles de Jean Stoetzel pour la sociologie, de Didier Anzieu qui apporte la référence psychanalytique, de Jean Maisonneuve qui introduit à Vaucresson la psychosociologie et la dynamique des groupes dès la fin des années 1950.

Henri Michard tient aussi un rôle important dans l’élaboration des IVe et Ve Plans qui inscrivent l’Éducation surveillée comme secteur prioritaire de l’action sociale dans les années 1960. Il collabore activement au Conseil de l’Europe et multiplie les liens de recherche avec la Belgique, la Pologne et le Québec. Il contribue largement à la création du diplôme d’État d’éducateur spécialisé (DEES) en 1967. À la retraite en 1974, il se fait remplacer par Jacques Selosse à la tête de Vaucresson.

Texte : d’après une notice de Jacques Bourquin.