SARRAZIN Albertine (1937-1967)

Albertine Damien est née le 17 Septembre 1937. Adoptée, elle répond au nom d’Anne-Marie R… (dite Anick). En 1947, brillante élève, elle a des difficultés à se conformer à la discipline du foyer. Suite à des incidents (fugues, sorties nocturnes, insolence), ses parents adoptifs demandent une mesure de "Correction Paternelle". La jeune fille est placée au Bon-Pasteur de Marseille. Elle a 15 ans et prépare son baccalauréat. Elle profite du passage des épreuves pour s’évader et débarque seule à Paris à l’été 1953 où elle se “débrouille”. En Novembre, elle est rejointe par une amie. Les deux complices font les quatre cents coups dans la capitale : rencontres d’une nuit avec des hommes, vols de subsistance, fréquentation des bars de Saint-Germain-des-Prés. En Décembre, elles sont incarcérées suite à un braquage raté. On retrouve dans leur chambre d’hôtel les cahiers d’Anick. Depuis longtemps la jeune fille écrit ses mémoires, des poèmes et des esquisses de roman. Les deux adolescentes sont jugées par les Assises des mineurs. Anick, décrite comme le cerveau de l’affaire, est condamnée à sept ans d’emprisonnement. Elle est transférée à Doullens, ancienne maison de correction devenue “Prison-école”, elle a alors 19 ans. Un an après elle s’évade en sautant des hauts murs de la forteresse, se casse l’os de l’astragale et doit son salut à Julien, homme de dix ans de plus qu’elle. Il la cache. Ce sera une histoire d’amour passionnelle et carcérale entre ces deux êtres. Julien a déjà fait plusieurs séjours en prison lorsqu’il ramasse Anick. Les sept années suivantes sont émaillées d’incarcérations de l’un comme de l’autre, parfois simultanément, parfois séparément. En 1959 alors qu’Anick est en prison, ils se marient. La jeune femme reprend son prénom de naissance, adopte le nom de son époux devenant Albertine Sarrazin. En août 1964 le couple définitivement libre, s’installe près de Montpellier. Albertine adresse aux Éditions Pauvert deux romans L’Astragale et La cavale qui seront immédiatement de grands succès. Coqueluche des médias, elle raconte avec humour ses enfermements. De santé fragile, Albertine se fait opérer le 10 juillet 1967, elle ne se réveille pas, elle n’a pas 30 ans. Son œuvre littéraire posthume est riche et reste une formidable dénonciation de la réalité carcérale.

Texte : Véronique Blanchard.