SELOSSE Jacques (1923-1995)

Jacques Selosse est né le 12 avril 1923 à Lestrem, près de la frontière belge. Son père était ouvrier dans une filature, sa famille vivait dans les corons. Après l’école primaire, il suit des études secondaires au lycée d‘Armentières où il réussit son baccalauréat en 1941. Il adhère à la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Pion au collège d’Haubourdin, il suit une licence de philosophie à la faculté de lettres de Lille où il est très influencé par l’enseignement de Jean Grenier qui fut, quelques années auparavant, le maître d’Albert Camus à l’université d’Alger.
Jacques Selosse s’engage dans la résistance. Il sera pendant quelques jours prisonnier des Allemands début 1945 (le Nord ne fut libéré qu’en avril 1945).
A la fin de la guerre, il travaille au bureau universitaire de la statistique à Lille. Après quelques mois de service militaire, Jacques Selosse entre, fin 1946, à la toute nouvelle direction de l’Education Surveillée qui vient d’être créée dans le cadre de l’ordonnance du 2 février 1945, sur l’enfance délinquante. Il est affecté au centre d’observation de Savigny sur Orge en tant qu’éducateur. Cette venue dans la région parisienne lui permet d’entreprendre, à la Sorbonne et à l’Institut de psychologie, des études où il suit les cours du Pr. Daniel Lagache, de René Zazzo, etc. Il participe en même temps à une formation à l’Ecole de Beaumont sur Oise pour l’enfance inadaptée ; il passe le Certificat d’aptitude à l’éducation des enfants et adolescents déficients ou inadaptés (CAEI).
Au centre d’observation, Jacques Selosse est éducateur de groupe mais on lui donne aussi la charge de la classe de perfectionnement. Il crée en même temps, dans la ville de Savigny, un centre culturel, un ciné-club, il passe un diplôme de filmologie. C’est alors qu’il adhère au mouvement d’Education Populaire, Peuple et Culture, où il rencontre Henri Michard qui va ouvrir à Vaucresson le centre de formation et d’études de l’Education Surveillée.
Henri Michard fera appel à Jacques Selosse, en 1952, en tant que formateur, mais la même année, la direction de l’Education Surveillée lui propose de partir au Maroc pour créer un service de l’enfance délaissée. Jacques Selosse y restera jusqu’en 1958 et il sera à l’origine de plusieurs services et établissements pour la jeunesse. Ce fut, pour lui, une période très importante. Quelques années plus tard, sa thèse de docteur en psychologie, soutenue à la Sorbonne, sous la direction de Jean Stoetzel, fera largement référence à cette expérience marocaine.
De retour en France, en 1958, Jacques Selosse, devient l’adjoint de Henri Michard à Vaucresson, il sera chargé de la responsabilité du nouveau secteur de recherche qu’il crée avec Andrée Algan, Yves Chirol, Michel Jacquey, Marie-Thérèse Mazerol, Vincent Peyre et Jacques Villier. Il participe à la création en 1963 de la revue « les Annales de Vaucresson » qui sera, pendant prés de 30 ans l’organe central de la recherche à l’Education Surveillée. Il dirigera de nombreuses recherches à Vaucresson, en particulier sur l’internat de rééducation, la délinquance des jeunes en groupe, vols de véhicules à moteur…Très soucieux de l’articulation entre le social, le psychologique, le thérapeutique, il centre ses activités de recherche sur l’éducation, la prévention, la démarche psychopédagogique, avec progressivement une visée réparatrice.
Maître de recherche au CNRS, Jacques Selosse succède à Henri Michard à la direction du centre de Vaucresson jusqu’en 1980, date à laquelle il est nommé professeur de psychologie sociale à l’université de Lille. Son enseignement portera sur la psychologie du développement. De 1984 à sa retraite, en 1988, Jacques Selosse est nommé à l’université Paris XIII et assure la direction de travaux de recherche à Paris V et Paris VII.
Jacques Selosse meurt à Paris le 5 novembre 1995.

Texte Jacques Bourquin