Ecoles

La professionnalisation des intervenants auprès de l’enfant en justice se généralise lentement à partir de la fin du XIXe siècle. Si la formation des policiers, des gendarmes, des juges et du personnel de l’Administration pénitentiaire demeure le domaine réservé des politiques publiques, celle des autres professionnels est souvent due à une action militante et associative. Il en est ainsi des assistantes sociales à partir des années 1920, puis des éducateurs spécialisés à partir des années 1940 pour lesquels s’ouvrent une multitude de centres de formation privés de plus ou moins grande envergure. A l’exception de quelques écoles publiques départementales pour éducateurs et assistantes sociales, il faut attendre 1952 pour qu’au niveau national s’ouvre le Centre de formation et d’études de l’Education surveillée qui deviendra en 2008 l’Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse de Roubaix.

Les écoles privées finissent par s’organiser et se concerter pour obtenir l’autorisation de délivrer des diplômes d’État en se conformant plus ou moins aux mêmes critères de recrutement, de programme et de durée des études. Elles maintiennent cependant chacune une identité propre et ont parfois des configurations particulières, selon leur inspiration religieuse ou laïque, leur lien possible avec une université proche, leur rayonnement géographique, leur public plutôt féminin ou masculin (ou perçu comme tel), plutôt fraîchement sorti des études ou ayant déjà exercé à un métier...

Dans les années 1970, l’État qui participe de plus en plus au financement de ces centres de formation cherche à limiter cette prolifération en invitant certains d’entre eux à se regrouper sous forme d’instituts régionaux de formation des travailleurs sociaux qui préfigurent les actuels instituts régionaux du travail social. Il s’agit souvent d’une cohabitation de palier plus ou moins réussie entre plusieurs écoles gardant leur filière et qui ne remet pas en question leur statut privé. Dans ces mêmes années enfin, toutes ces écoles connaissent des mouvements de contestations d’une ampleur égalable à celle, plus connue, des universités : grèves, occupations des locaux, autogestion…

L’université reste elle-même peu présente dans ces formations malgré quelques passerelles jetées et l’apparition en 1967 de quelques IUT Carrières sociales. Elle prépare surtout à l’exercice des médecins psychiatres (à travers l’enseignement hospitalo-universitaire depuis 1958) et des psychologues.

Texte : Sylvain Cid