Bon Pasteur de Bourges

Une communauté du Bon-Pasteur s’installe à Bourges en 1839 sous l’impulsion de Mère Marie Euphrasie Pelletier, fondatrice de la congrégation Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur d’Angers. Après quelques années les sœurs investissent un ancien Carmel désaffecté en centre ville (33 avenue de la gare, qui devient plus tard avenue Jean Jaurès). L’établissement n’obtiendra sa reconnaissance légale qu’en 1857 par le décret impérial du 1er août, soit cinq ans après celle de la maison mère à Angers. Là, comme dans les autres établissements du Bon-Pasteur, les religieuses vivent dans la clôture, avec les filles qui leur sont confiées par la préfecture, la justice et plus rarement par les familles. Affectées à des classes distinctes, il y a les préservées, les pénitentes, les repenties, les orphelines, catégories qui sont censées être étanches. Le Bon-Pasteur de Bourges a également une section de Madeleines qui, de repenties deviennent – volontairement ? – des sœurs contemplatives, sans aucun contact avec les autres, œuvrant pour toute la communauté à des travaux de couture. Tout ce monde féminin travaille sans relâche, la discipline étant monacale et carcérale.
En 1851, l’établissement de Bourges fait partie des sept Bon-Pasteur où est implanté un quartier correctionnel, c’est-à-dire un local affecté à des filles mineures, condamnées par la Justice à un emprisonnement. L’apogée de ce quartier se situe en 1876, où 61 filles sont détenues sous la surveillance de 8 religieuses. Il est autoritairement fermé par l’État en 1883, tout comme les six autres quartiers en France dans la même décennie. À Bourges cela n’empêchera pas les sœurs de poursuivre leur mission et de célébrer avec faste le cinquantenaire de leur implantation, en novembre 1889. Les sœurs restent assez vagues sur leurs effectifs, mais une large estimation en est faite en janvier 1894 par l’abbé Georges Bosc à l’occasion d’un discours en chaire à la cathédrale pour « quêter » pour l’œuvre du Bon-Pasteur : « Il y a là plus de 300 jeunes et vieilles, grandes et petites filles qu’il faut nourrir, vêtir et entretenir, en un mot : faire vivre. »
Au début des années 1900, le monastère échappe à la fermeture, les religieuses s’étant fait reconnaître comme sœurs hospitalières. Le monopole qu’elles exercent dans toute la région en spécialistes de la rééducation des filles continuera même bien après la création de l’Éducation surveillée en 1945. En 1948 elles éditent une brochure qui fait la promotion de la « modernisation » de la maison. Pourtant une inspection diligentée par l’Éducation surveillée et menée par Madame Mauroux Fonlupt en 1963 sera très critique et provoquera l’arrivée en 1964 d’une nouvelle supérieure envoyée par Angers pour redresser la maison, Mère Marie Saint Jean de La Croix. Cette dernière sera en fait chargée d’organiser la passation de l’établissement que la congrégation décide de mettre en vente en 1966. Le ministère de la Justice en devient le propriétaire en août 1968, donnant pour mission à l’Éducation surveillée d’y créer un internat professionnel pour filles. Renée Prévaud, future Madame Prétot, est nommée directrice et met en œuvre des méthodes éducatives novatrices, une grande place y étant faite à l’ouverture. Le Bon-Pasteur de Bourges fut le seul à être repris par l’Éducation surveillée et à poursuivre la mission de rééducation auprès des filles sous la tutelle de l’État.

Texte : Claire Dumas