BIZE Paul-René (1901-1991)

Paul-René Bize est né en 1901 à Paris. Son père est médecin (il est connu pour avoir été le médecin de Marcel Proust). Lui-même fait des études de médecine et choisit la neurologie comme spécialité. Il est chef de clinique des maladies nerveuses à la Salpétrière et chef de clinique à l’Hôpital Saint-Joseph. Il s’intéresse au monde du travail. De 1941 à 1943, il est chargé de mission d’inspection général technique de l’orientation professionnelle, à la direction de l’Enseignement technique. Après 1945 il continue à consacrer une partie importante de son activité à l’aspect médical de l’orientation professionnelle, comme en témoignent ces cours à l’Institut national d’orientation professionnelle au laboratoire d’hygiène de la Faculté de médecine de Paris, puis au Centre de formation des cadres professionnels de l’Institut national des métiers de la rue Dareau à Paris, chargé de la formation des psychotechniciens. Il entre au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) en tant que chargé de cours de « sélection et orientation professionnelle », puis, de 1948 à 1970, occupe les fonctions de professeur à la chair de psychologie du travail.
Il est recruté, sous contrat par Jean-Louis Costa, premier directeur de la Direction de l’Éducation surveillée pour exercer la double fonction de conseiller médical à la direction de l’Éducation surveillé et « responsable d’un service psychiatrique du centre d’observation des mineurs de Paris ». Il sera définitivement affecté au centre d’observation de Savigny à partir de 1952. Sa collaboration avec l’Éducation surveillée durera jusqu’à la veille de sa retraite en 1972. La direction voyait dans ce recrutement plusieurs avantages : être conseillée sur le « problème psychiatrique dans son ensemble » à un moment où les médecins psychiatres ont un rôle déterminant dans le champ de l’enfance inadaptée, de l’étiologie de la délinquance des mineurs, et de la procédure d’observation ; traiter de la question de l’orientation professionnelle des mineurs dans des termes médicaux et neuro psychiatrie.
P.R. Bize définit l’esprit d’observation comme mode de connaissance et méthode d’investigation scientifique et présente une catégorisation synthétique des mineurs délinquants afin de disposer « d’un certain nombre de portraits identifiables ». À Savigny, il participe à la rédaction de la note préparatoire concernant l’examen psychologique, l’examen psychiatrique, l’examen médical au centre d’observation en 1949, qui sert de modèle de base à tous les examens auxquels étaient soumis les mineurs passant par les centre d’observation publics.
La plupart de ses travaux portent sur les facteurs bio-médicaux. Ils visent à calculer le « pourcentage de tares neuropsychiatriques acquises ou héréditaires chez les délinquants et la fréquence comparée de certains facteurs biologiques chez les mineurs délinquants avec une population normale ». Le médecin psychiatre explore le plan, somatique et neuro-psychiatrique et ...« biotypologique ». Les mesures sont innombrables : mensurations anthropométriques, caractéristiques sanguines, stigmates dysmorphiques... R. Bize s’inspire de la biotypologie, qui se veut science de l’individu dans sa totalité vivante, avec ses corrélations morphologiques, physiologiques et psychologiques. Très en vue dans les congrès de criminologie avant la guerre accréditant l’idée d’une constitution délinquante, plongeant ses racines dans l’anthropologie criminelle, cette doctrine évolue au lendemain de la seconde guerre mondiale vers une science abstraite fondée sur une méthode d’analyse factorielle des types physiques avec de savants calculs statistiques qui se défient de la seule impression et reconnaissance visuelle. Fidèle à sa formation neurologique et à sa grande connaissance des tests psychotechniques, R. Bize se consacre au début des années 1960, à une série de recherche sur les mineurs délinquants comparés à des population normale. Il ne s’agit plus de rechercher le « franchement pathologique » mais le sub-normal repéré à travers de discrètes anomalies physiques de réflexes de comportement de la motricité et de la sensibilité des mineurs, faisant ainsi entendre la petite musique de la différence entre une population normale et délinquante. Dans le cadre de la formation des éducateurs à Vaucresson (fin des années 1950, début des années 1960), il est celui qui délivre des éléments de psychiatrie
Bien que son enseignement et ses recherches, appuyés sur un rameau de savoirs de la criminologie qui s’effacent devant les facteurs sociaux et psychologiques (les « troubles de l’affectivité ») de plus en plus prégnants , P.R. Bize est resté aux yeux de la direction de l’Éducation surveillée qui l’a recruté, avant tout un expert et un spécialiste qui a servi de caution « scientifique » à la recherche d’un savoir « total » sur la délinquance des mineurs.

Texte : Jean-Pierre Jurmand.