Voyages de Français à l’étranger

À l’image d’un Alexis de Tocqueville se rendant en 1830 aux États-Unis d’Amérique pour observer le système pénitentiaire et tenter ainsi de rapporter des idées pour la réforme souhaitée des prisons françaises, de nombreux notables, experts et professionnels en tout genre se rendent à l’étranger à la recherche de modèles ou de solutions transposables. Ces voyages plus ou moins organisés, seuls ou groupés, sont toujours l’occasion d’un récit, mettant en lumière l’originalité des endroits visités, l’ingéniosité des solutions trouvées, mais aussi parfois un certain esprit de clocher, avec même quelques pointes de chauvinisme. C’est dans la comparaison vécue, de visu, que se construisent les argumentations pour défendre les retards ou au contraire les avancées de certaines réformes proposées en matière de Justice des mineurs. Ces voyages sont aussi l’occasion de tisser des contacts, des réseaux d’entr’aide, des amitiés solides, déplaçant certains débats sur la scène internationale. L’Angleterre et les États-Unis, de part leur industrialisation précoce, font figure de visites incontournables, l’urbanisation qu’elle entraîne étant considérée pendant longtemps comme une des causes de la délinquance juvénile. La Belgique, la Suisse et le Canada, frères jumeaux francophones, sont aussi observés à la loupe. Les destinations sont parfois plus étonnantes : l’Union soviétique, la Pologne, le Danemark, la Scandinavie, la Chine dont la vision exotique renvoie en miroir des réponses inattendues au problème de la délinquance juvénile, quand elles ne sont pas déformées par le voyageur qui, somme toute, malgré son application studieuse, ne fait que passer…

Texte : Mathias Gardet.