Prévalaye (La, centre d’observation)

Le 9 octobre 1944, la Fédération bretonne de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (FBSEA) ouvre un centre d’accueil près de Rennes dans les ruines du château de la Prévalaye, domaine qui a été bombardé puis réquisitionné par l’armée en 1944. La FBSEA reprend à son compte l’expérience initiée en mai 1943 par le médecin-chef Henry Daussy, au sein de l’hôpital psychiatrique Saint-Méen de Rennes, et qui avait été géré dans un premier temps par le service social de sauvegarde d’Ille-et-Vilaine (suite au bombardement de l’hôpital en juillet 1944, le centre avait fermé). Le lien entre le nouveau centre et l’association régionale est renforcé par la nomination de Jacques Guyomarc’h qui se retrouve à la fois secrétaire de la Fédération et directeur du centre.

Dès l’année suivante, La Prévalaye devient centre régional de triage et d’observation et est officiellement habilité à la garde des mineurs (délinquants, vagabonds, correction paternelle, déchéance de puissance paternelle, enfants victimes, pupilles difficiles ou vicieux de l’assistance publique). Le centre est censé drainer une grande partie des garçons dont le dossier est en cours d’instruction sur l’ensemble de la région et devenir un des principaux pourvoyeurs pour les établissements des cinq départements. En 1946, la FBSEA fait le bilan du centre d’observation et elle se réjouit qu’il se soit imposé « à l’intention de tous les magistrats de la cour d’appel de Rennes. Le centre informe de plus avoir accueilli 123 trois garçons qui sont restés en moyenne de cinq à six mois et, tout en affirmant que « les services psychiatriques sont trop insuffisants à Rennes pour permettre dans tous les cas un diagnostique sérieux ».

En 1947, le centre parachève et modernise son installation jusqu’ici fort modeste : les ruines du château, à l’ombre desquelles le premier campement avait été établi, sont définitivement estompées avec l’achèvement de la démolition en octobre 1946 ; de nouveaux baraquements viennent remplacer les baraques de fortune dans lesquelles il s’était abrité. Jacques Guyomarc’h parle alors de la nouvelle vitalité du centre et de son plus grand rayonnement : « Les demandes d’admission ont largement dépassé le cadre de la cour d’Appel de Rennes, puisqu’il en est venus d’Avranches, de Coutances, de Cherbourg, de Caen, du Mans, de Laval, de Saumur, d’Angers ».

Bien que le rapport d’activité de 1949 informe que « plus de 25 tribunaux pour enfants, tant de la cour d’Appel de Rennes que de l’Ouest, ont envoyé des enfants, ainsi que des directions de la Population de plusieurs départements, les offices de pupille de la Nation, des services sociaux divers et des familles » ; la population accueillie reste en fait très ciblée : il s’agit seulement de jeunes garçons et presque uniquement de mineurs ayant fait l’objet d’une mesure judiciaire. Quel que soit le hasard qui préside à la destinée d’un jeune, et le conduit devant un tribunal, il est important ici d’insister sur le fait que la grande majorité des mineurs sont confiés à la Prévalaye par le réseau des juges et des assistantes sociales près des tribunaux de la région.

Par ailleurs, sur l’effectif global de 179 mineurs confiés à la Prévalaye, 122 proviennent de la cour d’appel de Rennes et 61 des tribunaux d’Ille-et-Vilaine (38 de Rennes) ; les autres tribunaux ayant envoyé seulement 1, parfois 4 enfants. Le rapport de proximité semble donc en amont l’avoir emporté pour ce qui est de la mise en observation. Les décisions de placement réalisées au bout de la période d’observation de quatre mois relativise tout autant le rôle de pourvoyeur des établissements revendiqué dans la région, la majorité des enfants étant confiée aux établissements gérés directement par la Fédération – le centre Ker-goat, le foyer rural du Bois du Loup, le foyer de semi-liberté « Jeunes et métiers » (constitué comme une annexe de la Prévalaye) – ou aux Institutions publiques d’éducation surveillée (IPES) ; la plupart des autres étant soit remis à la famille, soit en placement rural ou artisanal, soit à l’armée. À sa manière, la Fédération agit donc comme les anciennes sociétés de patronage, suivant ses propres filières et son propre réseau de placement.

Malgré les prospections très actives menées par Jacques Guyomarc’h auprès d’autres catégories d’établissements, le rayon d’action de la FBSEA reste relativement circonscrit jusqu’au début des années soixante. La Prévalaye ainsi que les établissements prévus en aval gardent presque tous la spécificité d’accueil des mineurs de Justice et ce n’est que très tardivement que le cercle restreint des "affiliés" s’ouvre ou réussit à capter des organismes offrant d’autres types de prise en charge.

Le 5 avril 1976, le centres d’observation étant au niveau national en perte de vitesse, La Prevalaye est transférée au centre des Rabinardières, un internat de 80 places, créé lui aussi près de Rennes, qui ferme à son tour ses portes en 1984.

Texte : Mathias Gardet.