Vie d’internat

Qu’elles prennent la forme de maisons de correction, de colonies agricoles, d’écoles de réforme, de préservation, de refuges, qu’elles s’installent dans des couvents, des châteaux reconvertis, des maisons bourgeoises etc., les institutions pour mineurs de justice se conjuguent depuis le XIXe siècle quasi-exclusivement sous le signe de l’internat. Garantissant enfermement et éloignement, il permet de soustraire les pupilles aux regards, de les extraire de la ville, considérée comme moralement dangereuse et plus largement de protéger la société. L’éducation correctionnelle s’articule autour d’une surveillance constante, effectuée par des religieuses pour les jeunes filles, par des surveillants et gardiens pour les garçons, dont les uniformes et le rôle rappellent le pénitentiaire. L’emploi du temps strictement ordonnancé laisse la part belle au travail et à la religion, composantes essentielles du relèvement de l’enfance dite « coupable ». Les journées sont longues et dans l’enchaînement d’activités, le directeur et les gardiens veillent à la stricte succession des occupations, du réveil aux rassemblements, jusqu’à la conduite aux ateliers ou aux champs, en passant par les repas. Au XXe siècle, le sens de l’internat évolue lentement et est investi d’autres desseins. Dès l’entre-deux-guerres, le centre d’observation est en germe, autour de l’idée que les mineurs doivent être observés sous tous les plans, entre les mains d’une équipe pluridisciplinaire. L’internat est aussi chargé progressivement de rééduquer les jeunes, par le biais de la scolarisation, nécessitant des instituteurs spécialisés, de la formation professionnelle, avec l’aide de moniteurs techniques, devenus professeurs techniques. Et surtout il s’articule autour d’un apprentissage de la vie collective par le biais de la vie commune, des loisirs, des jeux, de l’éducation physique, des travaux manuels, etc. C’est le rôle d’éducateurs, qui sont le cœur de la réforme de la justice des mineurs à partir de 1945, et exercent dans le secteur public, sous l’égide de l’Éducation surveillée, où ils ont acquis un statut dès cette année-là, comme dans le secteur privé habilité. Formés à partir des années 1940 dans des écoles de cadres, ils sont au départ chargés des enfants « en dehors des heures de classe et d’atelier ». Accompagnateurs du quotidien (lever toilette, repas, travaux de propreté, correspondance, discussions, veillées, etc.), ils doivent « donner en exemple un type d’homme, ou de femme, de qualité ». Du fait de leur présence jour et nuit, la fonction d’éducateur spécialisé englobe toute la vie de celui qui l’exerce. On « entre en rééducation », on y travaille on y habite. Ces éducateurs deviennent, à l’aube des années 1960, des « techniciens de la relation », dans le cadre de foyers quelque peu renouvelés, souvent de moindre effectif, moins isolés, fonctionnant parfois même en semi-liberté et dans lesquels se combine l’action de divers intervenants : éducateurs mais aussi « psys », instituteurs, éducateurs techniques, rééducateurs…

Texte : Samuel Boussion.