Cinéma et délinquance juvénile

Entre les années 1930 et les années 1980, un très grand nombre de films décline la problématique de la délinquance juvénile. Œuvres de fiction, souvent aux confins du cinéma social ou du cinéma-réalité, ces longs-métrages entendent, chacun à leur manière, être le reflet d’une certaine actualité. Ils témoignent d’un changement de regard que porte la société française sur sa jeunesse : montrant le passage entre un cri d’alarme sur une enfance en danger, qu’il est nécessaire de sauver à n’importe quel prix (à la veille, durant et aux lendemains de la seconde guerre mondiale), à un réflexe de peur face aux débordements d’une jeunesse, avec l’impression de ne plus pouvoir la contrôler (à partir des années cinquante). La sortie de chacun de ces films déclenche généralement des réactions contrastées dans la presse grand public et en particulier dans les revues spécialisées du travail social : entre rejet, dénonciation, récupération, la fiction a encore une fois maille à partir avec la réalité du terrain. Par ailleurs, à défaut de pouvoir illustrer leurs pratiques par des situations réelles (faute de documents pris sur le vif ou bien parce que l’image des mineurs est de plus en plus protégée), un grand nombre de professionnels de terrain ont recours à des images de films pour expliquer ou illustrer leur manière de procéder par exemple dans leurs bulletins de liaisons, c’est le cas notamment des revues de la police. De plus, l’attirance remarquée des adolescents pour le cinéma (il est fréquent dans les années 1950, même dans les classes populaires, que les jeunes aillent une ou deux fois par semaine au cinéma) n’est pas sans préoccuper les spécialistes de la jeunesse : des commissions se posent alors en censeurs des films à voir ou à éviter. Par un syllogisme digne de Ionesco, les jeunes délinquants internés dans les centres d’observation sont ainsi questionnés sur leur attraction pour ce nouveau loisir et devant leur engouement unanime pour le grand écran, des experts commencent à pointer l’influence indéniable du cinéma sur le comportement délictuel des jeunes, notamment lors de congrès internationaux de filmologie.

Texte Mathias Gardet