ALBANEL Louis (1854-1928)

Louis Albanel est né le 10 novembre 1854 à Brioude (Haute-Loire). Docteur en droit, il rentre dans la magistrature en qualité de substitut à Sens. Il est nommé juge d’instruction à Coulommiers puis à Paris en 1888. Comme Adolphe Guillot qui l’a précédé au tribunal de la Seine, il est particulièrement attentif à la procédure d’instruction concernant l’enfant, il est d’ailleurs membre du Comité de défense des enfants traduits en justice. Républicain modéré, il espère faire évoluer leur traitement, en substituant les mesures de « préservation » (de protection) aux peines et à la répression. Il se distingue par l’originalité de ses prises de position dans quatre domaines : vis-à-vis des familles auxquelles sont remis les mineurs (il est le premier à préconiser une observation dans la famille), vis-à-vis des réformes institutionnelles (avec l’ouverture de l’École Théophile Roussel), et enfin vis-à-vis des causes de la délinquance juvénile (son ouvrage, Le crime dans la famille).
En 1900, il crée le patronage familial destiné « à la protection, dans la famille, de l’enfance en danger moral (…) Son but est d’aider les familles honorables dans leur tâche de reclassement de l’enfant indiscipliné ». Sa tâche est préventive, elle s’adresse « à toutes les familles honnêtes qui solliciteront son concours, et propose une « tutelle morale », alors que la plupart des sociétés de patronage ne font pas de la famille une priorité de leur intervention. Dans son ouvrage sur le Crime dans la famille, Louis Albanel, fort de son expérience considère « que les familles dans lesquelles ont été élevés les enfants qui avaient été traduits en justice pouvaient être tenues, pour les trois quart, comme susceptibles d’élever leurs enfants et pour le dernier quart comme incapables ou indignes d’exercer la puissance paternelle. ».
Tout en se montrant extrêmement intéressé par le caractère sociologique et familial des causes de la délinquance juvénile, il remarque dans sa pratique un pourcentage important d’enfants « anormaux » et « vicieux » pour lesquels il n’existe pas à la fin du XIXe et au début du XXe siècle d’établissements spécifiques. Il est à l’origine du projet de transformation de la colonie pénitentiaire Le Peletier de Saint-Fargeau à Montesson en école de préservation, prenant le nom d’École Théophile Roussel. Projet adopté par le conseil général de la Seine en décembre 1901. Cet établissement d’un nouveau type reçoit trois catégories d’enfants (de 7 à 14 ans), ceux qui, au titre de l’art. 4 de la loi de 1898, ne sont pas envoyés en maisons de correction, ceux qui, en famille ou à l’école, se sont montrés indisciplinés, et, enfin, ceux qui, appartenant à l’Assistance publique ne peuvent pas, à cause de leur « mauvaise conduite », faire l’objet d’un placement familial.
S’il est l’un des premiers, au début du XXe siècle, à avoir conçu un système de mise à l’épreuve des mineurs pendant la période d’instruction comme temps d’observation dans la famille, protohistoire de la liberté surveillée, il n’a pas jugé nécessaire une réforme législative en profondeur instituant la liberté surveillée et créant un tribunal pour enfants. Ce fut cependant cette option qui triompha avec la loi du 22 juillet 1912.

Texte : Jean-Pierre Jurmand