HENRY Michel

Michel Robert Marcel Henry est né le 2 octobre 1918 à Besançon [Doubs]. Il est décédé le 19 septembre 1996. Il débute sa carrière de magistrat en 1941 à Besançon, et l’achève en 1983 en tant que premier juge à Nanterre. Juge suppléant auprès du parquet à Besançon en juillet 1944, il est nommé juge des enfants à Vesoul en septembre 1945, jusqu’en 1951.
Il dit avoir connu son chemin de Damas lorsqu’en 1945 il visita l’institution tenue par la congrégation des religieuses de Ribeauvillé (créée en 1877) de Frasnes-le-Chateau. Il y voit quelque chose de « monstrueux », devenu insupportable au lendemain de la guerre : des « cachots où étaient enfermés les enfants ». L’école Saint-Joseph avait été créée pour recevoir des mineurs de moins de douze ans envoyés en correction, transformée en internat approprié dans le cadre de la loi de 1912. Dans la foulée de cette dénonciation auprès du préfet, il fonde une association et obtient l’autorisation d’ouvrir un nouvel établissement, le centre de Frotey-Lès-Vesoul. Il rencontre Paul Lutz inspecteur à l’Education surveillée qui le présente à Jean-Louis Costa. Il trouve auprès de la jeune administration une oreille attentive, prête aux innovations. Ce sera le début d’une longue collaboration. Il constitue avec un certain nombre d’autres magistrats (Puzin à Nancy, Joffre à Brive, Joseph à Savernes, Fabre de Morlhon à Béziers....) une garde rapprochée autour de Michard qui trouve à s’exprimer lors des premières sessions d’études des juges des enfants à Marly-Le Roi.
Il est affecté à la section socio-juridique créée en octobre 1965 à Vaucresson au Centre de formation et de recherche de l’Education surveillée (CFRES). Il participe notamment à l’étude Vols et Voleurs de véhicules à moteur parue en 1965, et plus spécifiquement à la rédaction de la troisième partie « Aspects juridiques et perspectives d’intervention ». A cette occasion, il s’efforce d’intégrer aux dimensions juridiques et institutionnelles, l’appréciation par le jeune de sa propre attitude face à la perspective de la réaction sociale », ébauchant une théorie de « la dialectique subjective « moi-autrui ».
Dans une recherche comparative européenne sur le développement économique et la délinquance des jeunes, il consacre une partie sur la comparabilité des critères juridiques (Annales de Vaucresson, n° 5, 1967). Il poursuit le projet de placer les données juridiques dans une perspective psycho-sociologique et donc d’étudier de près les liens entre le droit et les sciences humaines.
En 1968 et 1969, une vaste enquête est lancée sur le champ d’application de l’ordonnance de 1958 sur la base d’un questionnaire général à toutes les juridictions et d’un échantillon représentatif qui porte sur 1785 dossiers. Le questionnaire est mené auprès de 142 magistrats dont 129 juges des enfants. Paru sous le titre Les jeunes en danger (Vaucresson) en 1972, cet ouvrage reste exemplaire par l’ampleur et la rigueur technique de la démarche méthodologique d’enquête, en même temps que par la profondeur de la réflexion sur la nature de l’assistance éducative. Toute la philosophie de cette mesure de protection y est contenue, selon laquelle la fonction du juge des enfants n’est pas de trancher d’un conflit apparent comme dans le droit classique mais de faire évoluer un conflit profond, ou réel, dans son aspect relationnel. Cette conception du danger ne se réfère plus à la faute d’un individu ou d’un groupe individualisé, mais porte sur des liens. Le paradigme de l’étiologie de la délinquance des mineurs s’en trouve bouleversé.
Malgré le « succès » de la mesure d’assistance éducative, Michel Henry fut l’un des premiers, en 1975, à s’alarmer de la grave distorsion (du « clivage ») qui se fait jour au sein de la justice des mineurs entre secteur pénal et secteur civil.
Michel Henry s’est montré aussi lucide qu’enthousiaste, maniant avec autant de rigueur et d’objectivité le langage juridique, que s’exprimant, avec un brin de « lyrisme », sur les bienfaits de la communication intersubjective.

Texte : Jean-Pierre Jurmand