Montesson (Théophile-Roussel)

Cet établissement pour garçons de la région parisienne, dans la ville de Montesson, a été fondé par le Conseil général de la Seine en 1895. Le projet se veut novateur. Dans les limites que lui impose la loi de 1850 sur la détention des mineurs, son maître d’œuvre, le conseiller Louis Lucipia, ancien communard, républicain radical et franc-maçon notoire défend le principe d’une « maison d’éducation » destinée à recevoir les mineurs délinquants de la Seine « acquittés comme ayant agi sans discernement » (article 66 du Code pénal) ou enfants placés « en correction paternelle (article 375 et suivants du Code civil). L’idée est de rompre avec le modèle carcéral de la Petite Roquette et de proposer une éducation laïque pour réformer une enfance plus victime que coupable. Le premier nom de l’établissement est tout un programme : Ecole Le Peletier de Saint-Fargeau. Rapidement les conseillers constatent leur échec : difficultés avec l’Administration pénitentiaire et non fermeture de la Petite Roquette.

En 1901-1902, Montesson connaît un nouveau départ sous le nom d’ « Ecole Théophile Roussel pour les enfants indisciplinés du Département de la Seine » ou « Ecole de préservation Théophile Roussel ». Placé sous le patronage d’un grand nom de l’assistance à l’enfance, l’établissement reçoit des enfants placés par des magistrats, les enfants indisciplinés des écoles primaires du département confiés par leurs parents, les pupilles difficiles de l’Assistance publique. Les mineurs doivent avoir moins de treize au moment de leur admission et ils quittent l’école à seize ans. Entre 1902 et 1939, plus des 2/3 des placements sont présentés comme volontaires et à l’initiative de « familles honnêtes ». Dès sa création, le Conseil général de la Seine a cherché à faire de Montesson un « établissement modèle ». En 1900 ou en 1930, Montesson a vocation à incarner l’idéal humaniste de la Troisième République pour les enfants des familles ouvrières de la capitale. La rééducation s’appuie sur l’instruction puis, lorsque le mineur a plus de treize ans, sur la formation professionnelle.

Dans les années trente, Montesson semble, un temps, échapper au scandale qui frappe les « maisons de correction ». Elève du psychologue Henri Wallon et moniteur dans l’établissement pour payer ses études, René Zazzo dénonce pourtant la discipline toute carcérale dans célèbre numéro de Vu, mais l’établissement n’est pas inquiété. En 1940, dans un tout autre contexte, le scandale rattrape Montesson. Le journal pro-allemand La Gerbe fait campagne contre le « bagne » de Montesson. Son directeur se suicide en décembre 1940. Montesson est repris en main par une nouvelle équipe. Jean Pinaud introduit les méthodes éducatives naissantes. Soucieux de casser le cadre carcéral, le militant des CEMEA est un adepte de la pédagogie scoute. Sollicité par le juge Jean Chazal et le neuropsychiatre Georges Heuyer, le directeur accueille à partir de 1943 les premiers stagiaires du nouveau « Centre de Formation de Ré-éducateurs spécialisés » de Montesson, école qui s’installera à Epinay-sur-Seine en 1954. L’activité d’internat se poursuivant tout du long.

En 1968, une nouvelle page se tourne. Le département de la Seine éclate et Montesson est appelé à devenir un « Centre de Neuropsychiatrie Infantile ». En 1974, l’Institut Interdépartemental Théophile Roussel reçoit le statut de centre hospitalier spécialisé autonome et interdépartemental.

Texte : Pascale Quincy-Lefebvre