Juvisy (COPES)

Les centres d’observation fermés de l’Éducation Surveillée sont conçus dans les années 1960 au moment des "Blousons noirs", sur l’hypothèse qu’un certain nombre de mineurs détenus préventivement ne se trouvent en prison qu’en l’absence de structure d’accueil offrant aux magistrats des garanties de représentation suffisantes. Il faut attendre dix ans pour construire le premier Centre d’observation public de ce type à Juvisy-sur-Orge.

Le centre débute son activité le 1er octobre 1970, il constitue « un espace fermé dont les jeunes ne peuvent sortir que par effraction, sans toutefois, que le délit d’évasion puisse y être qualifié mais où tout, cependant, doit être mis en place pour que la fermeture ne crée pas une ambiance carcérale ».
Aussi comme mur d’enceinte, c’est un « saut de loup » qui est conçu avec un camouflage intérieur par des haies végétales. Derrière ce mur infranchissable, les garçons sont soustraits à la vue des curieux et non « induits » par les spectacles de l’extérieur.
La Direction de l’Éducation surveillée détermine le profil des jeunes accueillis, il s’agit de «  délinquants primaires (de 14 à 17 ans), jusqu’ici jamais observés dont l’objectif du placement est d’éviter une détention provisoire et de procéder à une étude de personnalité. Le séjour est limité à un mois exceptionnellement renouvelable une fois  ». Or dès l’année suivant l’ouverture de l’établissement, force est de constater l’impossibilité à respecter ces préconisations. L’administration décide d’étendre les conditions d’admission, « toute idée de sanction étant écartée, aux jeunes pour lesquels une observation n’a pu être menée en CO classique ou en milieu ouvert et à ceux qui, bien que déjà observés, nécessitent un nouveau bilan dans un lieu où la fugue est très difficile  ». Elle rappelle également que « comme tout centre d’éducation surveillée et comme l’indique l’ordre des mots, l’aspect éducatif doit l’emporter sur celui de la surveillance  ».
Dès son ouverture et tout au long de sa courte existence, le COPES génère insatisfaction et résistances. Insatisfaction des magistrats instructeurs pour qui la durée des séjours est trop courte. Rejet des personnels de l’Éducation Surveillée qui dénoncent l’idéologie du centre fermé et excommunient radicalement ce type de structure. Enfin et surtout, mal-être du personnel affecté à l’établissement pour qui la tâche ambiguë « éducation-rétention » se traduit par une instabilité incessante des équipes rendant extrêmement difficile la mise en place de tout projet.
Tour à tour qualifié de prison qui ne dit pas son nom, de pourrissoir des autres structures, de cocotte-minute sous pression, le COPES est perçu comme une institution où les usages sécuritaires sont prioritaires au détriment de l’action éducative.
En 1979, une étude du Centre de Formation et de Recherche de l’Éducation Surveillée (CFRES) de Vaucresson indique clairement que le centre fermé n’a pas permis d’interrompre ou d’infléchir les trajectoires d’exclusion des jeunes qui lui ont été confiés et que son activité a été sans effet sensible sur le taux de détention des mineurs de la région parisienne. Ces constatations ajoutées aux difficultés internes de fonctionnement conduisent à sa transformation par le Garde des Sceaux en ISES.

Texte : Danièle Brière