Patronage Rollet

Le Patronage de l’enfance et de l’adolescence est fondé en 1890 par Henri Rollet (1860-1934), alors jeune avocat, pour éduquer et placer les enfants de 8 à 18 ans « dévoyés, vagabonds ou jeunes coupables », non pris en compte par la nouvelle Union française de sauvetage de l’enfance (UFSE). Il est autorisé par arrêté ministériel en 1891.

Henri Rollet et son épouse Renée Jamet s’impliquent lourdement et financent les débuts de la nouvelle œuvre, avant qu’un local constitué d’une boutique et d’une vaste arrière-salle soit finalement mis à disposition par une « femme de bien » au 13 rue de l’Ancienne Comédie. Très vite, les jeunes garçons sans ouvrage et sans ressources y affluent et se voient proposer de menus travaux (triage de graines, confection d’étiquettes…) dans ce qui devient la « Maison de travail » du Patronage. Ils reçoivent en échange de la nourriture, le logement et une gratification pour les plus méritants. Des dortoirs et un réfectoire pérennes ne seront cependant trouvés qu’en 1898 au 149 de la rue de Rennes.

L’œuvre dirigée puis présidée par Henri Rollet cherche à écouler au plus vite les jeunes pensionnaires de la maison de travail par des placements dans l’agriculture ou dans l’industrie, en se chargeant aussi si nécessaire de fournir un trousseau et payer les frais de voyage. Le Patronage se refuse en effet à créer lui-même des établissements de placement collectif long et entretient la formule à Paris des « asiles temporaires » avant placement. Un réseau de correspondants se met rapidement en place dans un nombre croissant de départements ruraux pour trouver et contrôler les lieux de placement. Henri Rollet lui-même effectue de nombreuses visites en province. Les jeunes susceptibles de contracter un engagement dans l’armée sont aussi recommandés à la Société de protection des engagés volontaires présidée par Félix Voisin, tandis que le rapatriement des jeunes vers des parents capables de les protéger est favorisé. Dans les statistiques du Patronage enfin, une partie des pensionnaires de la « maison de travail » se volatilise après avoir trouvé du travail ou repris sa vie de vagabondage.

En octobre 1912, le « Patronage Rollet » construit les bâtiments de son installation définitive au 379 de la rue de Vaugirard grâce à des financements privés importants. Henri Rollet habite une villa placée au centre de la propriété et reste le directeur moral de l’œuvre, malgré sa démission de président après sa nomination comme juge au Tribunal pour enfants et adolescents de la Seine. L’activité du Patronage gagne en importance et l’effectif des placements judiciaires comme des placements par les familles augmente. En 1925, Henri Rollet propose au doyen Henri Roger d’accueillir une clinique spéciale de neuro-psychiatrie infantile dans les bâtiments du Patronage. Le médecin désigné pour diriger cette consultation qui fera modèle est le docteur Georges Heuyer.

Néanmoins, les luttes qui opposent dans les années 1920 Henri Rollet, dans sa défense des associations, à l’administration sont préjudiciables au Patronage Rollet. En 1928, l’inspecteur général Rouvier dépose un rapport sur l’ensemble des patronages qui n’épargne pas les deux œuvres fondées par le « bon juge », le Patronage Rollet et la Tutélaire, critiquées à la fois sur les plans du respect des statuts, de la tenue des comptes, du sous-placement institutionnel et de l’encadrement éducatif… Une réorganisation s’impose : l’équipe du Dr Heuyer, le service social et l’équipe éducative sont étoffés, les modalités de collecte d’information et d’enquête sociale sont précisées, les lieux de placement plus rigoureusement sélectionnés. Mais ces transformations sont coûteuses et les déficits s’accumulent. En 1933, la clinique du Dr Heuyer est rattachée à l’Assistance publique.

En juin 1944, le Patronage Rollet recrute un jeune éducateur, Bernard Durey, au poste de directeur. Avec une nouvelle équipe triée sur le volet, ce dernier entreprend avec dynamisme une réforme qui fera modèle pour d’autres établissements. Le placement familial rural pratiqué massivement n’est plus considéré comme la solution. Le fonctionnement de « l’asile temporaire », « qui abritait les garçons en instance de départ suivant toutes les règles du système grégaire », est également abandonné. A la place fonctionnent désormais un Centre d’observation et un pavillon « Home » de semi-liberté. L’accent y est mis sur l’aménagement d’un « milieu favorable », « milieu matériel d’abord, milieu de personnes ensuite », ce qui pose le problème de la sélection des éducateurs. Deux maisons sont également ouvertes en provinceLe développement du Patronage est arrêté dans son élan par une inspection des services administratifs du Ministère de l’Intérieur. La dissolution de l’association est décidée en 1947 et confirmée par décret en 1948, faute de repreneur, avec dévolution des biens au département de la Seine.

Texte : Sylvain Cid