Éducation surveillée

Le décret du 31 décembre 1927 rebaptise les colonies pénitentiaires en maisons d’éducation surveillée. Cette notion d’éducation surveillée se concrétise progressivement à partir des années 1930, prenant la forme d’un service distinct avec des personnels spécifiques pour gérer les établissements prenant en charge des mineurs de Justice. Dans la suite logique de l’ordonnance de 1945 et de la mise en place d’une justice spécifique pour les mineurs, le gouvernement provisoire décide le 1er septembre 1945 de transformer ce service en une direction autonome au sein du ministère de la Justice. L’Éducation surveillée sort ainsi du giron de l’Administration pénitentiaire. Elle a en gestion directe les six institutions publiques d’éducation surveillée (IPES) pour garçons (Saint-Maurice , Saint-Hilaire, Saint Jodard, Belle-Île-en-Mer, Aniane et Neufchâteau), le centre d’observation pour garçons de Savigny-sur-Orge, deux institutions pour filles (Cadillac et Brécourt) et un internat approprié pour jeunes garçons (Chanteloup), héritiers des anciennes colonies pénitentiaires ou créés de toute pièce à la Libération. Elle fonde un centre de formation au château de Vaucresson, les premières sessions pour éducateurs spécialisés et pour les juges des enfants débutent dès 1952. Elle est aussi chargée de l’étude des différents problèmes ayant pour objet l’enfant traduit en justice. Malgré les créations institutionnelles impulsées par l’Éducation surveillée dans les années 1950 - souvent dans des châteaux, pour redorer le blason de la prise en charge entachée par le scandale des « bagnes d’enfants » -, le secteur public ne prend en charge dans ses établissements que le tiers des mineurs confiés par les tribunaux. Il est aussi très minoritaire dans le paysage des centres de formation pour éducateurs. La mission principale de la nouvelle direction est de tenter de réguler et de coordonner les multiples initiatives privées. C’est elle dorénavant qui délivre les habilitations, créant notamment un petit corps d’inspecteurs chargés dans un véritable marathon de visiter l’ensemble des structures existantes et d’en contrôler le bon fonctionnement. La direction de l’Éducation surveillée devient direction de la Protection judiciaire de la jeunesse en 1990.

Texte : Jacques Bourquin, Mathias Gardet.