Jeunes musulmans en métropole

Dès le début des années 1950, la métropole vit un nouveau phénomène : l’arrivée d’adolescents et de jeunes gens venus de l’autre côté de la Méditerranée, surnommés par les forces de police « Français Musulmans d’Algérie » (FMA). Malgré le manque de statistiques pour en évaluer l’importance réelle, il semble bien qu’ils soient de plus en plus nombreux à quitter le territoire algérien vers les grandes villes de France, à la suite des travailleurs « nord-africains » adultes. Ces migrations surprennent et inquiètent les différents services sociaux de l’époque qui parlent alors de « jeunes isolés ». Ces migrations surprennent et inquiètent les différents services sociaux qui parlent déjà de « jeunes isolés ». Les pouvoirs publics n’étant pas préparés à cet événement, les seuls hébergements proposés aux jeunes nord-africains recueillis, qui ont connu une certaine dérive dans la Capitale, sont ceux de l’Éducation surveillée et en particulier le centre d’observation public de Savigny-sur-Orge. Ce phénomène est présenté comme très marginal et pour en minimiser l’importance, le même schéma migratoire que pour les adultes leur est appliqué : ces mineurs arriveraient directement de leur village, arrachés à la famille patriarcale, aux habitudes de vie traditionnelle, pour venir chercher du travail. Comme leurs aînés, ils seraient là pour gagner de l’argent afin d’aider la famille restée au pays. Or, une étude des dossiers constitués sur les jeunes FMA révèle qu’une partie d’entre eux sont nés en Algérie et arrivent en métropole parce qu’ils ont été ramenés par leur père entre l’âge de 6 et 15 ans ; les enquêtes sociales des années 1950 évoquent ainsi des stratégies de regroupements familiaux précoces qui se limitent à la venue du seul fils aîné, sans l’épouse ou le reste de la fratrie. Les témoignages recueillis dans les dossiers mettent en lumière aussi une autre catégorie de jeunes FMA venus en métropole de leur propre gré, avec ou sans l’accord préalable de leurs familles, dans une tentative d’affirmer leur autonomie, en rupture avec la famille et son mode de fonctionnement patriarcal. Nombreux aussi sont ceux qui quittent l’Afrique du Nord pour fuir le climat de tension engendré par le conflit Algérien pour venir réclamer leur place au « soleil ». Bien que l’Algérie soit à l’époque française, un « rapatriement » est généralement préconisé pour la plupart de ces adolescents après un bref séjour en observation. Ce rapatriement est conçu comme un retour pur et simple dans la famille, ou dans certains cas, quand celle-ci est absente ou les informations sur cette dernières sont considérées comme insuffisante, dans une structure d’accueil pour mineurs en Algérie, en particulier l’IPES, devenu centre d’observation, de Birkadem. Quand ce rapatriement n’est pas préconisé, apparaît alors une démarcation très nette dans la prise en charge, de ces jeunes, avec la création d’établissement spécifiques destinés à accueillir sur le plus long terme les jeunes d’une même origine.

Texte : Samuel Boussion, Mathias Gardet.