ARNOLD Aloyse (frère Bernard) (1894-1966)

Aloyse Arnold naît le 10 juillet 1894 à Kruth (aujourd’hui dans le Haut-Rhin) dans une Alsace encore sous annexion allemande. Après l’école primaire, il poursuit sa scolarité au Collège de Matzenheim. Cet établissement a été créé en 1862 par la congrégation des Frères de Matzenheim pour recevoir en internat les jeunes de la campagne, les préparer au certificat d’études et leur donner une éducation religieuse. À 14 ans en 1908, il entre au Juvénat des Frères. Sorti en 1915 de l’École normale d’instituteurs, il prononce ses voeux et est reçu au sein de cette congrégation enseignante sous le nom en religion de Frère Bernard. Il est appelé suc­cessivement à Mulhouse, Sigolsheim, Reichshoffen pour tenir les classes primaires, avant de revenir à Matzenheim où il reste jusqu’en 1935. A cette date, il est nommé directeur de la maison d’éducation de Zelsheim, également tenue par les Frères, une oeuvre dite de « redressement moral » pour des garçons catholiques de 8 à 20 ans, confiés par les juges, l’Assistance publique ou les familles et ne nécessitant pas les grands moyens disciplinaires d’une « maison de correction ». L’institution reçoit en 1939 un effectif d’environ 190 pupilles en internat, répartis dans deux classes et trois ateliers d’enseignement professionnel, auxquels s’ajoutent 150 garçons en placement familial.

Au début de la Seconde Guerre Mondiale et pour près d’un an, de septembre 1939 à août 1940, les pupilles et le personnel de la maison de Zelsheim trop proche du Rhin sont évacués dans l’Institution Sainte-Materne d’Ehl. Peu après leur retour, la pression nazie se fait sentir et Frère Bernard Arnold est bientôt accusé d’avoir parlé contre le nazisme et le Führer. Le 16 novembre, il est interné avec l’économe au camp de redressement de Schirmeck, suivi quelques jours après des autres Frères, puis des garçons. Le 17 décembre, les Frères sont expulsés d’Alsace à l’issue d’une détention d’un mois. En passant par Lourdes pour la messe de minuit, Frère Bernard se retrouve avec un certain nombre d’entre eux le 3 janvier 1941 à Trélissac en Dordogne pour y reconstituer l’oeuvre de Zelsheim. Sous l’égide de l’évêque de Strasbourg, Mgr Ruch, et de ses vicaires généraux, celle-ci redémarre avec une trentaine puis une centaine de pensionnaires, auxquels viennent se mêler une vingtaine d’enfants juifs dissimulés.

En mars 1946, Frère Bernard Arnold revient en Alsace avec ses pupilles et fonde le Centre Mertian à Andlau. Là, il pousse plus loin la réforme pédagogique initiée avant guerre et en fait un centre modèle tant du point de vue de l’installation et de l’organisation que des activités éducatives (sports, musique, chant). En 1955, il quitte Andlau pour animer le Centre scolaire d’Ehl près de Benfeld, où il meurt en 1966. Les nombreuses distinctions honorifiques dont il est gratifié témoignent de la reconnaissance officielle dont il bénéficie à son époque : chevalier de la Santé publique, médaille de l’Education surveillée, Palmes académiques, médaille d’argent de l’Education physique et du Sport. Il reçoit également à titre posthume la cravate de commandeur de l’Académie du dévouement national.

Texte : Sylvain Cid
D’après les hommages adressés par Fernand Muller, ancien de Matzenheim (voir liens) et par Henri Joubrel (revue Liaisons) à sa mort.