Neufchateau

L’Institution publique d’Education surveillée (IPES) de Neufchateau est un internat créé en 1946 dans le cadre de l’ordonnance du 2 février 1945 sur l’enfance délinquante. Il est ouvert dans une ancienne caserne de cavalerie, « le quartier Rebeval » à Neufchâteau. Ce sont de nombreux bâtiments militaires répartis sur 6 hectares ainsi que deux manèges qui deviendront une salle de sport et un garage. Le premier directeur, Jacques Ceccaldi est un ancien officier dégagé des cadres pendant la guerre, il est le cousin de Pierre Ceccaldi, son directeur de l’Education surveillée en 1945.
Les premiers jeunes placés par les juges des enfants proviennent surtout des grands centres urbains : Paris, Marseille, Lille. Ils resteront une moyenne de 3 ans avec un objectif de rééducation et de formation professionnelle. L’effectif est alors d’une centaine de jeunes. Une inspection de 1949 nous apprend que les jeunes sont accueillis dans des groupes de 20 et répartis en fonction de leur profil psychophysiologique. Il est prévu un groupe honneur en référence au système progressif regroupant les plus méritants après un long séjour à l’IPES.
La préparation au CAP et la scolarité sont au coeur du projet dans un système assez tributaire de la discipline militaire. Si en 1949 on parle de home de semi-liberté favorisant le retour à la vie libre, c’est vers 1965 que se mettra en place une « post-cure d’action éducative à distance », les élèves pouvant être placés sous le régime d’une permission renouvelable tout en continuant à dépendre de l’IPES.
L’IPES de Neufchâteau est assez performant quant à la réussite aux examens professionnels. En 1965, 36 élèves ont été reçus au CAP et 62 au diplôme de FPA soit globalement plus des deux tiers des présents. L’effectif moyen des élèves de l’IPES se situe aux alentours de 180. Leur âge moyen est de 16 ans et demi. Dans les années 1970, les méthodes pédagogiques privilégiées par l’Education surveillée évoluent, on insiste sur la nécessité d’une plus grande personnalisation de l’action éducative, de développer l’ouverture sur l’extérieur, les liens avec les familles. En devenant une Institution spéciale d’Education surveillée (ISES) en 1975, Neufchâteau doit assumer de nouvelles fonctions liant l’hébergement et l’intervention en milieu ouvert. Ce sera une adaptation difficile, le poids de l’internat traditionnel est lourd. Un rapport de 1979 soulignera la difficulté que l’institution a à prendre en compte les problèmes personnels des jeunes.
Alors que la lourdeur du dispositif alors qu’il n’y a plus que 75 élèves, les locaux inadaptés laissant entendre une éventuelle menace de disparition, des incidents en 1980 et 1981 avec des jeunes et anciens jeunes de l’établissement amèneront la presse locale à demander sa fermeture. Celle-ci se réalisera en 1982.

Texte : Jacques Bourquin