JACQUEY Michel (1934-2011)

Michel Jacquey est né à Versailles le 18 juillet 1934. Après deux années en classe préparatoire au lycée Henri IV à Paris, il poursuit des études de philosophie, de sociologie et d’ethnologie. Il milite à l’UNEF, au PSU et plus particulièrement dans les organisations d’éducation populaire comme Peuple et Culture, dont il sera dans les années 1960 le secrétaire général.
C’est à Peuple et Culture, créé au lendemain de la guerre avec Benigno Cacérès, Joffre Dumazedier et Joseph Rovan, qu’il rencontre Henri Michard, directeur du Centre d’études de l’Education surveillée à Vaucresson. Ce dernier lui propose en 1959 d’entrer au service de recherche qui vient d’être créé au centre. Il collabore très vite à la formation des éducateurs. Ses premiers travaux publiés dans les Annales de Vaucresson portent, en 1964, sur l’application de la nouvelle ordonnance du 23 décembre 1958 sur l’enfance en danger.
Très intéressé à la pratique éducative, il collabore en 1964 avec Vincent Peyre à un travail de recherche sur les clubs et équipes de prévention qui préfigurent le secteur de la prévention spécialisée. De 1969 à 1972, il participe, sous la direction de Jacques Selosse, à une importante recherche sur les internats de rééducation de l’Education surveillée qui sera publiée en 1973 à Vaucresson. Son apport se centre surtout sur "les aspects symboliques et imaginaires dans la relation éducative".
Poursuivant dans ce domaine de la relation éducative qui reste au coeur de ses travaux, Michel Jacquey, en tant que chercheur et formateur, s’inscrit dans une démarche de « recherche-action » très privilégiée à Vaucresson dans les années 1960-1970. Sous le titre « Textes et regards sur le travail éducatif », il publie toujours dans le cadre de Vaucresson de nombreux textes plus particulièrement destinés aux éducateurs entre 1978 et 1981. Sa démarche est très influencée par les travaux de Winnicott sur l’espace transitionnel.
En 1981, il publie dans la revue Connexions « Pour la recherche d’alternatives dans le travail social », en 1982 dans les Annales de Vaucresson « Questions à mon équipe de recherche », questions relatives aux rapports entre chercheurs et praticiens, en 1983, un autre article en référence aux nouvelles pratiques éducatives qui visent à engager les relations avec les jeunes sur d’autres bases que celles d’un travail traditionnel : "un peu moins de bons sentiments, un peu plus de solidarité". Après un nouvel article en 1987 dans les Annales sur « Les prolongements de la relation multidisciplinaire », Michel Jacquey participe au début des années 1990 à un groupe de travail sur l’hébergement éducatif dans le cadre du service d’études de Vaucresson. Ceci l’amène de nouveau à rencontrer plusieurs équipes qui travaillent dans des foyers d’action éducative de l’Education surveillée qui se questionnent sur leur rôle et leur identité. Ce sera l’objet d’une publication en 1993 : « Espace transitionnel et service public » et plus particulièrement d’un texte : « Lorsque l’hébergement est en train de mourir... vous arrivez comme des corbeaux... ». Dans ce très beau texte, Michel Jacquey répond au désarroi des éducateurs en leur écrivant : "Ce n’est pas le problème des savoirs qui est l’essentiel, c’est celui des opérateurs, des contenus, des repères qui aujourd’hui font défaut d’où la perte globale de sens et d’une manière générale l’inconfort du champ social... du déclin du social."

Texte : Jacques Bourquin
Source illustration : photo d’identité personnelle