GUILLOT Adolphe (1836-1906)

Né à Paris, Adolphe Guillot est le fils d’un négociant et le neveu de Léon Guillot, intendant général et directeur au ministère de la Guerre et du Dr Natalis Guillot, professeur à la Faculté de médecine. Après des études de droit à Paris, il est reçu au barreau en 1859 et assiste comme secrétaire les avocats maître Templier à la Cour d’appel et Paul Fabre au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation. En 1861, il est aussi choisi comme secrétaire de la Conférence des avocats. Nommé successivement substitut du procureur impérial en 1864 à Vitry-le-François, en 1865 à Rambouillet et en 1867 à Troyes, il est fait procureur en 1872 dans cette dernière ville, puis substitut en 1873 à Paris. En 1874, il devient enfin juge d’instruction, fonction qu’il conserve jusqu’à la fin de sa carrière en 1900 en traitant de nombreuses affaires célèbres.
Adolphe Guillot effectue alors d’importants travaux sur l’organisation judiciaire dans lesquels il défend vigoureusement les principes de l’inamovibilité de la magistrature, de l’indépendance du juge d’instruction et milite pour une révision libérale du Code d’instruction criminelle. Il est parallèlement membre de la Société générale des prisons et de la Société de médecine légale. Il mène aussi une activité soutenue dans le domaine de la protection de l’enfance. Au Tribunal de la Seine, il est ainsi en première ligne de la réforme qui s’y accomplit en juin 1890 en direction des enfants auteurs de fautes ou infractions, pour « substituer aux formalités trop expéditives de la loi sur les flagrants délits, les garanties de l’instruction de droit commun ». C’est aussi le premier vœu qui est formulé par le nouveau Comité de défense de l’enfance traduite en justice créé au mois de juillet, dont Adolphe Guillot est non seulement l’inspirateur avec le bâtonnier Ernest Cresson mais aussi le secrétaire général et le porte-parole. Gain de cause est obtenu sur ce point l’année suivante par une circulaire du procureur de la République. En 1891, en lien avec des visiteuses des prisons, il entreprend aussi de sortir des prisons parisiennes les jeunes filles de moins de 13 ans pour les accueillir dans un premier asile temporaire ouvert dans le 6e arrondissement de Paris, au 9 rue de Savoie. Il fonde à cette fin avec des membres de la haute aristocratie l’Œuvre des petites préservées dont il tient également le secrétariat. Fin 1892, il contribue aussi à la fondation de l’OEuvre de préservation et de réhabilitation pour les jeunes filles de 15 à 25 ans. Il est également vice-président de la Société pour le patronage des jeunes détenus et libérés du département de la Seine.
Adolphe Guillot est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les prisons parisiennes et sur la protection de l’enfance publiés entre 1884 et 1895. Politiquement, il est antidreyfusard et adhère en 1899 à la Ligue de la patrie française. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1887 et est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques, à la section morale, en 1892. Doyen des magistrats du Tribunal de la Seine en 1894, il en devient vice-président honoraire à sa retraite en 1900.
Texte : Sylvain Cid