Atelier d’histoire « travail de care et genre », à l’EHESS, 14 septembre 2017

L’atelier « travail de care et genre » (14 septembre 2017, à l’EHESS) constitue le premier volet du projet de recherche sur les usages du concept de care pour les historien-ne-s du travail, du genre et des rapports de domination.

Définissant les contours d’un travail subalterne fondé sur des relations de proximités relationnelles et de moindre reconnaissance salariale, Pascale Molinier laisse entrapercevoir la richesse heuristique de la mobilisation du concept de care pour les historien-nes du genre et des rapports de dominations. Elle écrit en effet que le travail de care désigne « des activités spécialisées où le souci des autres est explicitement au centre », « des activités domestiques réalisées au sein de la famille et leur délégation » et plus largement « une dimension présente dans toutes les activités de service, au sens où servir, c’est prêter attention à ». Aujourd’hui, la plupart de ces activités, gratuites ou rémunérées sont occupées par des femmes, et Dominique Memmi souligne que le lien entre care et femmes « reste écrasant et quelque peu vertigineux, en théorie comme en pratique ». Envisagé par les sociologues dans sa dimension éthique et émotionnelle, économique et politique, le care est alors une entrée problématique majeure pour repenser le temps long de l’histoire du travail subalterne de soin et de service, largement féminin. Bien que ce concept n’ait pas été forgé par (ni pour ?) des historien-ne-s, comment l’usage du care éclaire-t-il l’histoire genrée du travail ? Si le lien entre care et femmes semble aujourd’hui évident, qu’en est-il, sur temps long, de la dimension genrée du travail subalterne de soin et de service ? Quelle est la variabilité historique de ce lien entre femmes et care ?

Qu’apporte à l’histoire du travail et des relations familiales ce concept à double facette questionnant l’articulation entre faibles compétences savantes et grandes compétences affectives et relationnelles ? Quelle place l’institutionnalisation du travail de care et sa reconnaissance par le bas sur le marché du travail laissent-elles à ceux et celles qui activent ces compétences dans la sphère du travail ? Dans quelle mesure chausser les lunettes du care permet-il de saisir le travail invisible des femmes et de rendre visible la gratuité d’une partie de leur activité ? Enfin quels sont les activités et les acteurs/actrices qu’une telle histoire met en évidence ? Que partagent tous et toutes ces pourvoyeurs de care ? Quelle forme de typologie du travail subalterne peut-il proposer ? Il s’agit pour nous de réfléchir à la façon dont le travail historien peut, face à ses sources, observer et rendre compte des rapports sociaux qui se jouent, dans le face-à-face et dans le corps à corps. Cela pose plus largement la question de la transposition disciplinaire : que peut-on dire de la matérialité des rapports de care quand il n’est observable que par l’archive ? Le travail émotionnel peut-il être un objet d’histoire ? Cette proposition d’atelier ouvre la voie à un travail de comparaison entre les dispositifs d’enquête en sociologie et en histoire, mais aussi à une vaste quête de nouveaux matériaux archivistiques.

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