Programme de séminaire 2017/18 du GRID « Entre les murs, hors les murs. Revisiter l’histoire des institutions disciplinaires », au Centre d’histoire du XIXe siècle, Paris Sorbonne.

Le Groupe de Recherche sur les Institutions Disciplinaires(GRID) animera un mercredi par mois de 17h à 20h un séminaire de recherche intitulé :

"Entre les murs, hors les murs. Revisiter l’histoire des institutions disciplinaires. 2017-2018 : Mobilités. Entrées, sorties et transferts des institutions".

Centre d’histoire du XIXe siècle, 17 rue de la Sorbonne, escalier C 3e étage, salle Fossier

Depuis cinquante ans, la focale institutionnelle constitue une entrée essentielle pour les historiens du social et de l’État. Ainsi les spécialistes de la pénalité, de la médecine, de l’éducation, de l’armée, de l’assistance ont-ils posé les grands jalons d’une histoire de la prise en charge des individus à l’époque contemporaine, de la naissance à la mort. Cette histoire riche et inventive reste cependant tributaire des lignes de partage fondées sur la finalité de chaque espace institutionnel. Les murs des institutions, en délimitant des fonds d’archives, ont aussi circonscrit des champs historiographiques et des types de questionnement dont il est parfois complexe de sortir. D’une part, la nécessité, invoquée à juste titre, de connaître les espaces institutionnels de l’intérieur a eu pour effet de reléguer au second plan les entreprises comparatives ou croisées. D’autre part, la faible intensité des débats entre les historiens des institutions disciplinaires n’a jusqu’à présent pas permis de décloisonner les réflexions et d’aller au-delà des controverses intra-institutionnelles – et ce, bien que l’historiographie ne cesse de relativiser le caractère fermé des institutions. Cela a pu conduire à perdre de vue que l’école, l’hôpital, la prison, l’asile, l’hospice ou encore la caserne s’inscrivent dans une histoire commune : celle des institutions qui organisent les existences et forgent des parcours et expériences individuels.

Caractérisées par un système de lieux, de règles et d’acteurs, les institutions seront définies, dans le cadre de ce séminaire, comme des dispositifs mais surtout comme des espaces de vie collective conçus pour encadrer tout ou partie des activités et besoins quotidiens des individus dont ils ont la charge. Malgré les différences importantes entre la durée des prises en charge, le degré d’ouverture des espaces et la finalité des différentes institutions dont il sera question cette année, le principe de ce séminaire est de mettre en résonance les formes modernes d’encadrement des populations en reprenant la longue liste des institutions disciplinaires de Michel Foucault – non pas pour la figer mais pour continuer à interroger la pertinence d’un tel rapprochement. L’objectif est donc de tisser des liens entre des organisations ne présentant pas des homologies de fonctionnement parfaites.

Afin de ne pas s’en tenir au seul prisme institutionnel, la démarche retenue est donc double : saisir les populations instituées dans une histoire sociale qui dépasse celle des institutions, et faire entrer en résonance l’étude d’institutions variées en identifiant et en comparant des structures de prises en charge collective des individus. En déplaçant les points d’observation, le séminaire « Entre les murs, hors les murs » cherche à proposer un cadre de réflexion multi-institutionnel, inter-institutionnel mais aussi extra-institutionnel. Que lit, que voit, que comprend le chercheur spécialiste d’une institution lorsqu’il la regarde du dehors, de côté, ou à l’interface avec ce qui l’environne ?

Pour cette première année, nous souhaitons que le séminaire se concentre sur les « mobilités institutionnelles ». Ce choix repose sur un constat qui frustre sans cesse l’historien-ne : les archives institutionnelles ne nous donnent accès aux individus que très transitoirement. Or, le séjour en institution n’est qu’une étape d’un parcours plus long, en amont comme en aval. L’étude des trajectoires biographiques révèle bien souvent la diversité des types de prise en charge au cours d’une vie, ainsi qu’une mobilité plus grande que ne le laisse supposer l’étude statique des populations instituées. L’analyse interne des institutions invisibilise par ailleurs la pluralité des processus de triage, qui constituent de formidables révélateurs du fonctionnement des institutions et du statut des individus pris en charge.

Deux pistes de réflexions peuvent dès lors être explorées. La première concerne tous les lieux et tous les moments de connexion entre les institutions et les univers sociaux d’où proviennent les individus, à savoir les entrées, les sorties, les procédures de recrutement, d’enregistrement ou d’internement, ainsi que l’ensemble des rituels qui y sont associés. La deuxième se rapporte aux mobilités en elles-mêmes, c’est-à-dire aux hommes et aux femmes qui circulent, de manière choisie ou contrainte. Quels mécanismes président à ces mobilités et circulations ? Et comment s’articulent les logiques administratives et les stratégies individuelles ?

Dans cette perspective, une attention particulière sera portée à l’étude des transferts et des « populations limites » que constituent par exemple les condamnés irresponsables acceptés avec réticence à l’asile, les élèves indisciplinés qui vont d’établissement en établissement, les agités ne trouvant pas leur place dans les salles d’hôpital, les séniles devenus tranquilles placés à l’hospice, ou encore les enfants handicapés vieillissants, trop âgés pour rester dans les structures qui les ont vus grandir… À travers l’étude du traitement social de l’enfance, de la vieillesse, de la folie, de la déviance ou de la maladie, il s’agira donc de mieux comprendre la place qu’occupent les institutions dans les trajectoires individuelles, et plus généralement dans l’économie de la prise en charge des personnes à l’époque contemporaine.

La première séance intitulée "Placements et arbitrages", aura lieu Mercredi 29 novembre 2017.

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