Si l’administration de Ker Goat est installée dans le "château", en fait une maison bourgeoise en granit de la commune du Hinglé, le reste des services et logements est composé d’un bric-à-brac invraisemblable : des baraquements de type Adrian, vestiges de l’armée, érigées sur une lande à proximité ; une ancienne poussinière en guise de salle de classe… Le major Charles Péan de l’Armée du Salut, durant une tournée d’inspection effectuée en décembre 1941 pour le commissariat général à la famille, est consterné : « je découvris une ferme sordide, flanquée de baraquements lépreux : "le centre du Hinglé". Il faisait froid et les pluies saisonnières avaient transformé les chemins en fondrières. Encadrés par quelques jeunes gens, inexpérimentés et dévoués, des enfants étaient là, loqueteux, sales, malheureux. Ils se traînaient misérablement, au nombre de 40 à 50, de 14 à 15 ans… ». Pourtant la baraque, fille de la pénurie, semble devenir, une fois des temps meilleurs venus, objet de nostalgie. Avec la baraque venait certes une réalité faite de rats, de puces, de gale, de froid et de boue, mais, beaucoup de ceux qui l’ont pratiquée gardent une tendresse pour ces lieux changeants, aux réaménagements successifs. Une baraque se montait, se démontait, se déplaçait, se vivait : tantôt salle de classe, tantôt dortoir ou salle de jeux, tantôt réfectoire ou chapelle. Elle apportait une valeur éducative sans doute en lien avec l’idée de fraternité entre les adultes et les jeunes, ou encore de « ténacité », « d’exigence cordiale », exprimées dans un tract de 1953, juste avant le déménagement.

Texte : Mathias Gardet

Source : photographies Jacques Guyomarc’h

Crédit : Musée de Bretagne