A Ker Goat, au milieu des années quarante, une chorale est constituée sous la direction d’un jeune éducateur issu des scouts de France, Jacques Dietz. Depuis le XIXe siècle, il était de tradition de constituer des orchestres et orphéons au sein des établissements pour mineurs. Cependant, grâce aux talents musicaux de Jacques Dietz et aux nombreux contacts de Henri Joubrel, la chorale de Ker Goat atteindra en son temps une certaine renommée. Elle se présente tout d’abord dans plusieurs villes bretonnes, avant de monter à la Salle Pleyel à Paris, puis de faire une tournée jusqu’en Suisse, en 1948. Un disque est gravé et les chansons sont diffusées sur les ondes de l’ORTF avec les commentaires louangeurs de la journaliste Clara Candiani. Par ailleurs, entre mars et juillet 1944, Jean Dréville tourne La cage aux rossignols, avec l’acteur Noël-Noël et les non moins populaires Petits chanteurs à la croix de bois. Ce film, produit et largement diffusé par la firme Gaumont, raconte la rédemption des pensionnaires d’un internat de rééducation par le chant, sous l’impulsion d’un de leurs surveillants. Les « petits durs » deviennent de gentils gamins à la « voix d’ange ». Si ce film n’est pas inspiré de l’expérience de Ker Goat, encore balbutiante à l’époque, les dirigeants de ce dernier vont cependant rapidement le récupérer pour faire la promotion de leur propre chorale. Les prestations seront ainsi souvent suivies par la projection du film, le programme jouxtant, dans une première partie, « la réalité par un groupe d’enfants du centre d’éducation Georges Bessis » avec, en seconde partie, « le rêve Noël-Noël et les Petits chanteurs à la croix de bois dans le film La cage aux rossignols ». Cette assimilation sera reprise largement par la presse pour vanter les mérites de Ker Goat.

Texte : Mathias Gardet

Source : photographies Jacques Guyomard

Crédit : Musée de Bretagne