Rééducation des filles

Jusqu’à la fin des années 1970, la mixité est très rarement de mise ; selon une répartition stricte des sexes aussi bien au niveau des populations accueillies que du personnel encadrant : les hommes s’occupent des garçons et les femmes des filles. Les établissements pour filles sont des mondes féminins particulièrement fermés, dirigés par des congrégations religieuses cloîtrées qui ont le quasi monopole de cette prise en charge un siècle durant. Cette répartition par sexe induit une conception différenciée des formes de la délinquance juvénile féminine ainsi que des traitements qui s’imposent pour y remédier. Quel que soit l’acte délictueux qu’elles aient commis, elles sont plutôt placées pour vagabondage ou correction paternelle. Les filles dites « difficiles » ou « vicieuses » sont toujours observées et jaugées à travers le spectre de leurs « mauvaises fréquentations », pente fatale vers la débauche et la prostitution. Alors que seule l’homosexualité, considérée comme déviante, est pointée du doigt chez les garçons, la sexualité des filles est systématiquement jugée comme dangereuse et réprimée par une discipline rigoureuse des corps, même si parallèlement elle fait l’objet de tabou. Les tâches auxquelles les mineures sont destinées pour leur future réinsertion sont également fortement sexuées : si les garçons ont la possibilité de mener un apprentissage dans des ateliers bois, fer et mécanique, les filles se voient proposer uniquement un enseignement ménager et de puériculture afin d’exercer les métiers de domestiques, petites coutures, repassage et blanchissage (pour les plus douées, de sténodactylo), ou bien de devenir tout simplement d’efficaces femmes au foyer et de bonnes mères de famille.

Texte : Véronique Blanchard.

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