Paroles de jeunes

Plusieurs parcours d’anciens mineurs de Justice sont célèbres (le cinéaste François Truffaut, les chanteurs Nicoletta, Jean-Luc Lahaye…), certains ont écrit sur leur expérience d’enfants placés (René Biard, Jean Genet, Raoul Léger, Jean-Guy Le Dano, Albertine Sarrazin…), quelques-uns ont accepté de témoigner dans le cadre de reportages sur les « maisons de correction », la plupart se sont tus… Un passé enfoui, un passé honteux, un passé toujours douloureux, à vif. Chacun possède sa propre perception, sa vision, ses souvenirs sur son vécu dans l’institution. Par ailleurs, dans les dossiers individuels constitués sur chacun de ces mineurs se trouvent souvent des écrits, des dessins, des courriers, des paroles recueillies. Outre leur valeur de témoignages, ces écrits et dessins permettent de porter un autre éclairage sur la justice des mineurs. Ils représentent aussi, de façon plus large, un corpus unique de récits de vie de plusieurs générations, derrière lesquels on voit poindre leur mode de sociabilité, leurs codes, leurs loisirs, leurs points de rendez-vous, mais aussi de façon plus générale la vie de leur famille, de leur quartier, leurs conditions de travail, leurs errances, les nombreux exodes dus à la seconde guerre mondiale, à l’immigration, à la guerre d’Algérie… Leur lecture doit dépasser, nous semble-t-il, la seule question de la délinquance juvénile et s’interroger sur ce regard d’une jeunesse marginalisée (mais pour autant si marginale ?) sur la société à une époque donnée.

Source illustration : Dessin sur le thème : « Dessinez les événements heureux et malheureux de votre vie », tiré d’un dossier de jeune placé au centre d’observation public de Savigny-sur-Orge, années 1950.
Texte : Véronique Blanchard, Mathias Gardet.

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