Mineurs en prison

Le XIXe siècle est hanté par le problème des prisons françaises, déplorant leur mauvais état sanitaire, la promiscuité et les risques de contamination entre adultes et jeunes : elles sont qualifiés d’"écoles du crime". Des notables et philanthropes se réunissent, notamment au sein de la Société générale des prisons, pour étudier les meilleurs moyens de procéder à leur réforme ou pour chercher à en sortir les mineurs. Les législateurs insistent sur les possibilités offertes par l’article 66 du code pénal qui permet, en une seule et unique mesure, d’acquitter les jeunes que l’on considère avoir agi sans discernement et de les placer dans des familles, si possible à la campagne, ou bien dans des colonies pénitentiaires. Parallèlement, des initiatives d’aménagement de l’espace carcéral sont entreprises ; elles sont fortement inspirées de systèmes étrangers, notamment américains : création de quartiers spécifiques pour mineurs au sein des maisons d’arrêt, de justice et de correction déjà existantes et construction d’une prison vouée à recevoir uniquement des jeunes détenus (la Petite Roquette à Paris), prison qui progressivement adopte un fonctionnement d’isolement total. De nombreuses expériences de quartiers ou de prisons spécifiques pour mineurs vont, par la suite, être menées tout au long du XXe siècle (le Centre spécial d’observation de Fresnes (CSOES) en 1958, les prisons-écoles d’Oermingen et de Loos-les-Lille aux débuts des années 1960, le Centre de jeunes détenus (CJD) de Fleury-Mérogis en 1974…). Malgré les nombreuses critiques sur la perméabilité des quartiers réservés aux mineurs, malgré les échecs retentissants et successifs des différentes prisons pour mineurs, il y a toujours des mineurs dans les prisons ordinaires de France. Ces « enfants de l’ombre » sont souvent oubliés au profit des expériences plus « éclairées » menées dans les autres structures d’accueil. Ils sont pourtant là, en toile de fond, constituant le ressort ultime en cas d’échec des autres mesures.

Source illustration : Photo Roger-Viollet tirée de la revue Réintégration, janvier 1962.
Texte : Véronique Blanchard, Mathias Gardet, Elise Yvorel.

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