Manifestations de la délinquance

Depuis le XIXe siècle, experts et professionnels essayent de décortiquer les différentes formes que peut revêtir l’acte délictuel. Si le code pénal a force de loi en la matière, la gravité présupposée à tel ou tel fait, les circonstances atténuantes, la conception même du délinquant sont fluctuantes. Dans le cas de la Justice des mineurs la difficulté est exacerbée par la question lancinante de l’excuse de minorité, qui donne à cette juridiction une spécificité et une relative autonomie. L’enfant pris individuellement ne peut être jugé comme un adulte. Victime de son milieu, il bénéficie d’une présomption d’innocence propre à son âge, qui le dédouane en partie de ses actes. Il est ainsi souvent acquitté et dans la même mesure pris en charge, pour le préserver de son mauvais entourage. Simultanément, le mineur délinquant est perçu comme toujours plus précoce, toujours plus dangereux, surtout s’il agit collectivement. Selon les périodes, ces transgressions à l’ordre établi deviennent plus ou moins supportables et le châtiment plus ou moins exemplaire. Voler un vélo, une mobylette quand il s’agissait du moyen de transport le plus répandu, voler une voiture, à l’heure où l’accès à la propriété devenait populaire, frapper un maître quand l’Institution scolaire est en crise… Peut-on graduer ces délits sur une échelle intemporelle des crimes ? Ou bien ne faut-il pas toujours les reporter au sentiment d’insécurité d’une société qui varie et se cristallise différemment selon les époques ?

Source illustration : Photo tirée de la Revue Internationale de criminologie et de police technique, n°4, octobre-décembre 1952.
Texte : Véronique Blanchard, Mathias Gardet.

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