Images et représentations

Depuis la fin du XIXe siècle une série de scandales dénoncés par les médias forge l’image des « bagnes pour enfants » et contribue timidement à une réforme des institutions prenant en charge les mineurs de Justice. Entre les années trente et les années soixante, un grand nombre de films décline à leur tour la problématique de la délinquance juvénile. Œuvres de fiction, souvent aux confins du cinéma social ou du cinéma-réalité, ces longs-métrages entendent, chacun à leur manière, être le reflet d’une certaine actualité de leur époque. Outre l’engagement de leurs réalisateurs, la sortie de chacun de ces films déclenche des réactions contrastées dans la presse grand public et en particulier dans les revues spécialisées du travail social : entre rejet, dénonciation, récupération, la fiction a encore une fois maille à partir avec la réalité du terrain. Il en va de même pour les ouvrages : quel éducateur n’a pas lu Chiens perdus sans collier , ce best seller de Gilbert Cesbron des années cinquante, et versé une larme sur le sort de ces mineurs que tente de sauver le bon juge Lamy. Qui n’a pas lu Ker Goat et le salut des enfants perdus de Henri Joubrel, décrivant ce centre « dont les seuls barreaux sont les arbres de la forêt » ou encore Adolescents aux yeux ternis de Jean-Hubert. Autant de visions romancées du mineur délinquant qui ont contribué à sensibiliser le grand public à la question de « l’enfance inadaptée » et parfois suscité des vocations. Cette littérature est aussi relayée par des caricatures ou esquisses de Yan d’Argent à Poulbot, croquant avec malice et rendant populaire ces enfants des rues. Autant de supports qui alimentent les clichés et cristallisent les peurs sur les facteurs qui conduisent les jeunes au crime : urbanisation effrénée, ravages de l’alcool puis de la drogue, lourdes hérédités, mauvaises fréquentations, loisirs malsains…

Source illustration : Photo tirée de Science et vie, n°491, août 1958.
Texte : Véronique Blanchard, Jean-Jacques Yvorel.

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