Prévention

« Mieux vaut prévenir que guérir » répètent, après les hygiénistes, les criminologues du XIXe siècle. Concrètement, ce sont les œuvres et les patronages qui se chargent de « protéger » les enfants risquant de tomber aux mains de la justice ou que celle-ci veut bien leur confier. Autour des tribunaux se constitue un réseau d’intervenants, visiteuses à domicile, délégués à la liberté surveillée, assistantes sociales à partir des années 1920… Plus tard, au lendemain de la seconde guerre mondiale, sous la houlette de quelques hommes et femmes de trempe, des clubs et équipes de rue prennent vie et s’animent et, comme un patchwork, le secteur de la prévention prend forme avec ses stratégies, ses principes et ses valeurs. Différents courants s’opposent ou se complètent : fidélité à la rue contre « embourgeoisement » des clubs, recrutement sur le tas et formation professionnelle, salariés et bénévoles... Au rythme lent de ce « pas » de la prévention qui arpente des territoires, se dessine une nouvelle conscience du quartier, avec un repérage des bandes, des « points névralgiques » (cafés, squares, carrefours, cinémas...). Rattrapés par une actualité brûlante, celle du phénomène blousons noirs, les éducateurs de prév’ se trouvent confortés dans leur mission tout en se défendant d’être aux prises avec ce qu’ils ne tardent pas à qualifier de construction médiatique. Dans cette confrontation avec un événement se pose la question du rôle et des limites de la mission de ces éducateurs de rue : sans mandat judiciaire, maîtres de l’accrochage affectif, de la libre adhésion, revendiquant la confidentialité, n’exercent-ils pas un certain contrôle social, infiltrant le monde réputé clos des « bandes » pour tenter de les « désamorcer » ?
Par ailleurs, ne participent-ils pas à l’apparition d’un concept surprenant, dont les bases juridiques sont plus que contestables : celle de la pré-délinquance ?

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