Violence(s)

Le secteur social a, lui aussi, sa part de violence. Généralement souterraine et cachée, mais parfois explosive, périodiquement dénoncée, elle est multiforme : violences de l’institution ou de ses acteurs ; violence des « usagers », entre eux, sur eux ou tournées contre l’établissement. Elles peuvent être résistances et révoltes, ou bien sévices, brimades, brutalités, usage excessif de la contrainte (physique, morale). Certaines formes de violence sont officialisées et réglementées, comme le bizutage, les punitions, le mitard ; d’autres sont pratiquées semi ou tout à fait clandestinement bénéficiant de la complicité tacite de l’institution comme le racket, le caïdat. Les établissements et services du secteur social ne sont jamais tout à fait à l’abri de la violence, irruptive ou routinière. Mais certains lieux, certaines situations, certaines périodes aussi s’y prêtent mieux. L’économiste et démographe, Jean-Claude Chesnais, a tenté de démontrer que l’histoire de la violence contredit souvent l’imaginaire social. La société, nourrie de préjugés et de nostalgies millénaires, serait toujours rebelle à admettre les vérités d’évidence : il y a eu, au cours des derniers siècles, une régression considérable de la violence criminelle. Le mot violence n’a été intégré que tardivement dans le thésaurus de la bibliothèque du Centre de formation et de recherches de l’Education Surveillée à Vaucresson (1990), les classifications de l’époque renvoyaient plutôt aux termes « agressivité » ou « comportement délictuel ». Mais, depuis quelques années, le mot est omniprésent et semble pénétrer tous les espaces de la vie sociale : famille, école, rue... Des modules « violence » ont même été intégrés à la formation de travailleurs sociaux…

Source illustration : Photo de la brigade de protection des mineurs tirée de la revue de la Préfecture de Police Liaisons, n°231, mai-juin 1977.
Texte : Véronique Blanchard, Mathias Gardet.

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