Bourges

Sous l’impulsion de Mère Marie-Euphrasie Pelletier, fondatrice de la congrégation Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur d’Angers, une communauté du Bon Pasteur s’installe à Bourges en 1839 et devient légale en 1857. Là, comme dans les autres établissements du Bon-Pasteur, les religieuses vivent dans la clôture, avec les filles qui leur sont confiées par la préfecture, la justice et plus rarement par les familles. Affectées à des classes distinctes, les préservées, les pénitentes, les repenties, les orphelines, et les Madeleines, tout ce monde féminin travaille sans relâche dans une discipline monacale et carcérale.

En 1851, l’établissement de Bourges fait partie des sept Bon-Pasteur où est implanté un quartier correctionnel accueillant des filles mineures condamnées par la Justice à un emprisonnement. À son apogée en 1876 (61 filles détenues sous la surveillance de 8 religieuses), le quartier est fermé par l’État en 1883, mais les sœurs poursuivent leur mission, fêtent leur cinquantenaire en 1889 et seraient encore plus de 300 en 1894. L’abbé Georges Bosc évoque « plus de 300 jeunes et vieilles, grandes et petites filles qu’il faut nourrir, vêtir et entretenir, en un mot : faire vivre. » lors d’une quête.
Au début des années 1900, le monastère échappe à la fermeture, les religieuses s’étant fait reconnaître comme sœurs hospitalières. Le monopole qu’elles exercent dans toute la région en spécialistes de la rééducation des filles continue même bien après la création de l’Éducation surveillée en 1945. En 1948 elles éditent une brochure qui fait la promotion de la « modernisation » de la maison. Pourtant une inspection diligentée par l’Éducation surveillée et menée par Madame Mauroux Fonlupt en 1963 est très critique et provoque l’arrivée en 1964 d’une nouvelle supérieure envoyée par Angers pour redresser la maison, Mère Marie Saint Jean de La Croix. Cette dernière est en fait chargée d’organiser la passation de l’établissement que la congrégation décide de mettre en vente en 1966. Le ministère de la Justice en devient le propriétaire en août 1968, donnant pour mission à l’Éducation surveillée d’y créer un internat professionnel pour filles. Renée Prévaud, future Madame Prétot, est nommée directrice et met en œuvre des méthodes éducatives novatrices, une grande place y étant faite à l’ouverture. Le Bon-Pasteur de Bourges a pour originalité d’être le seul à être repris par l’Éducation surveillée et à poursuivre la mission de rééducation auprès des filles sous la tutelle de l’État.

Texte : Claire Dumas