DANAN Alexis (1890-1979)

Autodidacte, issu d’une famille juive d’Algérie, poète, sensible à l’injustice sociale, le jeune Alexis Danan tâte tôt de la plume et découvre la métropole en 1912. Il connaît l’épreuve du feu pendant la Grande Guerre et des débuts difficiles dans les années 20, puis, suite à la perte d’un enfant et à une première enquête autour des dysfonctionnements des hôpitaux, il parvient à franchir les portes de Paris-Soir, quotidien le plus lu des Français.
Devenu « grand reporter », il se distingue par des articles chocs sur Cayenne, les « bagnes d’enfants », l’enfance anormale ou martyre et se fait la voix des victimes tout en interpellant les puissants. Ainsi en est-il pour son rôle dans la suppression du bagne de Cayenne, mais il se révèle encore plus déterminant avec l’affaire de Belle Ile à l’été 1934. Par un appel à témoignages sur les « maisons de supplice », s’appuyant sur une enquête documentée, il met en cause plusieurs établissements dont l’emblématique Mettray qui doit fermer en 1938.

Mis à l’honneur par la direction de son journal, soutenu par le célèbre Prouvost (futur créateur de Paris-Match, le journaliste sait s’appuyer sur ses relations politiques et utiliser une presse à sensations pour dénoncer les institutions responsables de la maltraitance enfantine. Il fonde la Fédération Nationale des Comités de Vigilance et d’Action pour la protection de l’Enfance Malheureuse, « La chaîne de l’amour » et ne lâche pas l’administration notamment lorsque d’autres scandales éclatent (mort du « colon Abel » à la Maison d’Education Surveillée d’Eysses en 1937).

En 1940, le « juif Danan » doit quitter Paris-Soir. Ce sont des années de silence. Fin 1944, il intègre l’équipe de Libération, journal né de la Résistance et pour lequel il couvre le procès de Nuremberg. À la fin de l’année 1948, dans un contexte de guerre froide, de divisions et d’engagement des intellectuels, le journaliste rejoint la rédaction du journal Franc Tireur. Après-guerre, des reportages sur le sort des enfants juifs pendant la guerre (Décembre 1944) ou sur Nuremberg ne lui font pas abandonner ses combats antérieurs contre les institutions (asiles en particulier) même si l’écho médiatique des procès n’est plus aussi retentissant.

À partir de 1953, présidant toujours aux destinées de la Fédération des comités de vigilance, il fonde ses propres revues, d’abord Les Cahiers de l’enfance puis, en 1963, La Tribune de l’enfance aujourd’hui Enfance Majuscule. Jusqu’à sa mort, celui que ses détracteurs taxent de démagogie, ne cesse d’écrire au nom de ses engagements associant cause de l’enfance et avenir des sociétés modernes,

Texte : Séverine Dard