Eysses

Remontant au Moyen Âge, l’abbaye bénédictine de Eysses fut exposée, comme nombre d’édifices religieux, à bien des vicissitudes pendant la période révolutionnaire : quasi abandonné puis maison de réclusion en 1803, cet établissement du Lot-et-Garonne devient en 1808 maison centrale accueillant jusqu’à 1200 réclusionnaires hommes.

En accord avec la loi « Corne » du 5 août 1850, la maison centrale est transformée le 2 juin 1895 en colonie correctionnelle pour mineurs. D’emblée, la colonie d’Eysses est marquée par sa vocation répressive puisqu’il s’agit d’y envoyer les « fortes têtes » des autres colonies (Belle-Ile-en-Mer, Aniane, Saint-Maurice et Saint-Hilaire) ainsi que les mineurs plus lourdement condamnés. Elle fut, avec Gaillon la seule colonie correctionnelle de l’arsenal pénitentiaire français.

Le règlement intérieur de 1923 mentionne une organisation en trois sections distinctes :

  • la section pénitentiaire pour les mineurs jugés et considérés comme transférables dans les colonies ordinaires ;
  • la section correctionnelle pour les mineurs insubordonnés de l’établissement et les mineurs indisciplinés envoyés par l’Assistance Publique ;
  • la section de répression pour les mineurs condamnés à des peines criminelles ou à des peines correctionnelles supérieures à deux ans.
    Enfin, un petit quartier est dédié aux vénériens et syphilitiques.

Par le décret du 31 décembre 1927, les colonies pénitentiaires deviennent Maisons d’Éducation Surveillée mais la « Maison d’Éducation Surveillée d’Eysses - quartier correctionnel », comme son nom l’indique, poursuit dans sa vocation répressive. Un nouveau règlement en 1931 et un nouvel habillage sémantique ne font pas illusion : les colons deviennent pupilles, les surveillants sont désormais dénommés moniteurs mais cela n’empêche pas la violence de perdurer.
La mort dans des conditions particulièrement révoltantes de Roger Abel en avril 1937 témoigne de ce qu’Alexis Danan, journaliste à Paris Soir appelle les « bagnes d’enfants » et scelle la fin de la colonie enfin fermée en 1940.
À la suite de l’enquête du Garde des Sceaux, Marc Rucard, qui se déclare bouleversé, l’inspecteur général Jean Bancal se prononce pour « la déchéance de l’Administration Pénitentiaire pour ce qui concerne les mineurs ». Cette dernière n’est pourtant pas retenue par l’exécutif en 1945.

Texte : Jean-Michel Armand