DEMETZ Frédéric-Auguste (1796-1873)

Né à Dourdan en 1796, Frédéric-Auguste Demetz devient avocat puis magistrat après des études de droit. Juge au Tribunal de la Seine, il devient en 1832 conseiller à la Cour d’appel de Paris et se préoccupe alors du sort des jeunes détenus, « les innocents coupables ». En 1835, il devient vice-président de la Société de patronage des jeunes détenus créée par Bérenger de la Drôme.

En 1836, il se rend aux Etats-Unis pour visiter les institutions américaines pour mineurs, en particulier les prisons d’Auburn et de Philadelphie. Après un rapport remis au ministre de l’Intérieur, le comte de Montalivet, il poursuit ses visites dans les prisons anglaises préparant les jeunes détenus à la déportation vers les colonies. Puis en Prusse il rencontre le pasteur Wichern qui vient d’ouvrir un asile pour les jeunes délinquants, la Rauhe Haus, où une quarantaine d’enfants encadrés par des apprentis pasteurs sont regroupés en familles de douze. Ce projet centré sur l’agriculture séduit Demetz, est à l’origine de la colonie agricole de Mettray près de Tours qu’il ouvre en 1839 dans la propriété d’un de ses amis de collège le vicomte Bretignières de Courteilles. La Société Paternelle à l’origine du projet compte 200 membres fondateurs parmi les personnalités les plus influentes, dont le préfet Delessert-Tocqueville, une vingtaine de Pairs de France, de nombreux députés et bénéficie du soutien de la famille royale.

Hostile à la notion de gardiens, Demetz envisage de choisir des jeunes gens auprès des curés des paroisses pour encadrer les jeunes colons. Il les appellera chefs de famille ou contremaîtres et prévoit pour eux à Mettray une école de formation : l’Ecole des contremaîtres.

Les premiers colons arrivent de la prison de Fontevraud en 1840. Sur le modèle de la Rauhe Haus, ils sont répartis en familles. Mais la colonie se développe très vite, atteignant 300 colons en familles de 40 en 1841 et la famille devient une escouade de type militaire. La colonie de Mettray gagne vite une réputation européenne et devient un modèle en particulier en Hollande avec la colonie de Suringar. F.-A. Demetz donne une portée internationale à son œuvre au travers d’une correspondance, de rapports, et lors de congrès pénitentiaires internationaux. Il insiste sur la solution agricole qui doit permettre aux enfants délinquants de revenir vers le monde rural. En 1855, sans lien avec la colonie, il crée à Mettray la Maison paternelle destinée à la correction paternelle pour les fils de bonne famille.

En 1864, il est élu membre correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques. Après avoir participé à l’importante commission d’enquête parlementaire sur le régime des prisons en 1872, il meurt en 1873 et son coeur est déposé dans la chapelle de la colonie de Mettray.

Texte : Jacques Bourquin