Notice
Né le 6 octobre 1920 sur l’île d’Ouessant, Michel Jaouen est issu d’une famille nombreuse qui s’installera par la suite à Kerlouan (Finistère) où son père officie comme médecin. Michel Jaouen étudie au collège jésuite Notre-Dame de Bon-Secours à Brest (1932-39), puis au noviciat de Laval. Durant la Seconde Guerre mondiale, il part d’abord aider la Croix-Rouge de Caen, avant d’enseigner au collège Saint-Grégoire de Tours.
À partir de 1945, Michel Jaouen prolonge ses études de théologie à Lyon-Fourvière. L’émulation intellectuelle et sociale débouche sur la création d’un collectif d’action auprès de jeunes en difficulté (avec M. Gounon, Y. Cheminan, É. Thouvenin). Actifs auprès des jeunes de la maison de redressement de Sacuny, ils organisent des camps d’été dans les Alpes avec leur camionnette de l’Aumônerie de la Jeunesse Délinquante (AJD). En 1951, année de son ordination, Michel Jaouen créé l’association Les Amis de jeudi-dimanche (AJD) à Paris.
À partir de 1954, il devient aumônier des mineurs à la prison de Fresnes. Pendant dix ans, il est alors confronté aux effets de la détention et constate que les mineurs incarcérés se retrouvent dans le plus grand dénuement à leur sortie de prison. C’est pourquoi, il fait construire et ouvre le foyer des Épinettes à Paris, en 1964, qui peut accueillir jusqu’à 110 mineurs.
En parallèle, il emmène ces adolescents naviguer en Bretagne. Des tentes militaires de Kerlouan aux baraques de Landéda, du projet avorté du Grand voilier-école à l’achat du trois-mâts Bel Espoir II (1968), le père Jaouen se forge la conviction que l’expérience maritime – une vie collective et exiguë mais ouverte sur de nouveaux horizons – est adéquate pour les jeunes volontaires. Dans les années 1970 et 1980, l’association AJD agrandit sa flottille (goélette Rara-Avis) et développe son modèle éducatif avec des navigations littorales et des transatlantiques où se mélangent différents publics (délinquants, toxicomanes, retraités, touristes…).
Avec la maintenance constante de leurs bateaux, Michel Jaouen et son neveu Yves Loiselet y entrevoient un immense potentiel : un « chantier-formation ». Le chantier naval du Moulin de l’Enfer, dans l’Aber Warc’h, ouvre ses portes en 1998 et propose désormais, à des jeunes adultes, une formation professionnelle aux métiers de la mer.
Figure respectée du monde maritime, Michel Jaouen s’est éteint à Paris, le 7 mars 2016.
Texte : Claire Lucarelli - Le Jouan