Ker Goat

À l’origine du centre, créé en 1940, un projet original : L’assistante sociale Anne-Marie de La Morlais loue, au nom du service social des Côtes-du-Nord une ferme près de Dinan et en confie la direction à Hubert Noël, jeune scout et étudiant en droit, aidé de quelques pairs.
Les débuts de la « la ferme d’accueil » sont difficiles : effectifs très réduits, maigres ressources, non reconnaissance par le ministère de la Justice. Au bout de deux mois, Anne-Marie de La Morlais décide de s’adresser au secrétariat général à la Jeunesse (SGJ), en pleine expansion, et obtient en octobre 1940 que le centre soit pris en charge comme centre de jeunesse confié à Hubert Noël, formé à devenir responsable de centre dans une école de cadres.
Le centre de Jeunesse du Hinglé, prenant alors le nom de Ker Goat (maison des bois en breton), est désigné comme « un centre de représailles où seront envoyées les têtes dures des autres centres » et relève d’un statut à part. En 1941 il fait face à de nombreuses vissicitudes menaçant sa survie, et il est finalement maintenu grâce à l’entremise du directeur régional de la Santé et de l’Assistance, Pierre Bianquis.
Charles Péan (de l’Armée du Salut ), nommé en décembre 1941, , puis Georges Bessis (ancien éclaireur unioniste, formé à l’École de cadres de la jeunesse de Sillery), nommé en mars 1942, se succèdent pour tenter la remise en route du centre installé à partir de juillet 1941 dans une grosse demeure bourgeoise à équidistance des premières fermes, progressivement abandonnées.

En 1944, le centre est repris en gestion directe par la Fédération bretonne de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (FBSEA). Georges Bessis, mort en déportation est remplacé par son adjoint Paul Lelièvre, scout de France. En 1951, Ker Goat déménage dans la propriété du château de Pont-Phily à Pleurtuit (Ille-et-Vilaine). Les jeunes transférés dans leur nouvel environnement, ne s’installent pas au château, réservé aux seuls services administratifs, mais dans quatre grands pavillons flambants neufs, construits dans le parc par les architectes Monge et Daniel.

Cette « vie de château » se poursuit jusqu’au début des années 1980, alors que depuis plus de 20 ans un vent de critiques souffle sur le modèle du « tout internat ». Le départ d’un premier groupe de jeunes en 1982 pour Saint-Malo marque le début d’une érosion qui s’accélère, jusqu’au départ du dernier groupe en 1987.
Le centre de Ker Goat devient alors une structure éclatée en plusieurs petits foyers urbains et le château sombre peu à peu dans l’oubli sans trouver acquéreur.

Texte : Mathias Gardet