LACASSAGNE Alexandre (1843-1924)

Né à Cahors (Lot) en 1843 de parents hôteliers, Alexandre Lacassagne entre en 1863 comme élève de l’Ecole de santé militaire de Strasbourg où il soutient une thèse de doctorat en 1867. Après un stage en 1868 à l’Ecole du Val-de-Grâce, il alterne les années d’exercice médical dans les hôpitaux militaires et celles qu’il consacre à l’enseignement dans les Ecoles de médecine militaire, d’abord en France métropolitaine puis en Algérie à partir de 1872. C’est là qu’il rencontre les criminels et délinquants qui composent les « bat’ d’af », les Bataillons d’infanterie légère d’Afrique (BILA) sur lesquels il mène ses premières études anthropologiques : le « rapport de la taille et de la grande envergure », les tatouages pour lesquels il se passionne.
En 1880, il obtient la chaire de médecine légale de la Faculté de médecine de Lyon qu’il va conserver jusqu’à son départ à la retraite en 1913. Très vite, il forme une petite équipe pluridisciplinaire avec chimiste, physiologiste, toxicologue, entomologiste. Il nourrit ses recherches de ses visites le dimanche matin aux prisonniers dont il recueille les écrits. En 1886, il fonde une revue transdisciplinaire, Les Archives de l’anthropologie criminelle et des sciences pénales, dont l’audience devient internationale et que son ami le sociologue Gabriel Tarde co-dirige avec lui à partir de 1893.
A travers ses articles et ses interventions dans les congrès, il s’affirme comme le chef de file de l’« école de Lyon » de criminologie qui insiste sur le rôle du « milieu social » dans la genèse du criminel. Il s’oppose ainsi publiquement à une « école italienne » du professeur Cesare Lombroso, auteur de la théorie du « criminel né » fondée sur le concept d’« atavisme », même si les historiens estiment que cette divergence est plus relative qu’il n’y paraît, progressive et certainement inspirée par l’influence de Gabriel Tarde. Par ses recherches en médecine légale, Alexandre Lacassagne associe aussi son nom aux débuts de la police scientifique que développe plus tard son élève Edmond Locard. Il meurt à Lyon en 1924 après avoir été renversé par une automobile.

Texte : Sylvain Cid