Notice
Né le 15 septembre 1911 à Charleroi, Raoul vit à Lille avec sa mère et ses deux frères pendant la guerre de 14/18. Son père, démobilisé en 1919, chasse sa mère du foyer suite à des révélations du maire de la ville sur son « inconduite » pendant le conflit et s’empresse d’abandonner Raoul et son petit frère à l’Assistance publique. Âgé seulement de 7 ans ½, séparé de toute sa famille, désespéré et maltraité chez la nourrice où on le place, le petit garçon fugue pour retrouver sa mère. Vite repris, il est placé à Aumale, une Ecole de réforme de l’Assistance publique qu’il prend pour une « maison de correction ». Heureux et bien traité dans cette institution pendant 18 mois, Raoul en sort à l’âge de 9 ans ½ pour être replacé en nourrice. Les mauvais traitements suivis de fugues reprennent. Le petit garçon ne comprend pas la menace d’enfermement en maison de correction, brandie par les adultes. Au cours de sa dernière fugue, il trouve un billet de 100 francs. Accusé de vol, il reconnaît le délit dans l’espoir de retourner à Aumale. Malheureusement pour lui, c’est dans le cadre de la loi du 28 juin 1904 sur les pupilles vicieux de l’Assistance publique, qu’il est placé en 1922, un mois avant ses 11ans, à la colonie agricole pénitentiaire de Mettray, à la période la plus sombre de cette institution.
Immédiatement Raoul se heurte au règlement impitoyable et à la discipline brutale de la colonie (port douloureux de sabots en bois, manœuvres, prières, travaux épuisants, corvées, défilés, parades…) et à la violence omniprésente de certains surveillants mais aussi d’autres colons. Pour ne pas rester « une cloche » il s’adapte au système et parvient à se faire respecter au prix de nombreuses bagarres et punitions.
Raoul passe presque 5 années à Mettray à travailler, la scolarité étant quasi inexistante. Il est remis à l’Assistance publique un peu avant ses 16 ans et placé dans 3 fermes différentes mais le travail ne lui plaisant pas, il lui arrive encore de se rebeller. Alors pour éviter un retour à Mettray, il obtient son engagement dans la Marine, la veille de ses 17 ans. Il y reste 4 ans dont 2 passés dans les couloirs disciplinaires du Fort de Charlet à Calvi avec comme seul aspect positif l’apprentissage de la lecture et du calcul.
Dans son récit relatant ses jeunes années, Raoul Léger ne mentionne aucune condamnation et aucun passage devant un quelconque tribunal. Pour lui, c’est l’inspecteur Cerisier, de l’Assistance publique de Lille, qui a systématiquement procédé à tous ses placements.
« Libéré » de l’Assistance publique en 1932, Raoul vit de petits boulots et de trafics de cigarettes avec la Belgique jusqu’en 1939 où il est mobilisé. Il rencontre son épouse, devient chauffeur de poids lourd, père de deux enfants et plus tard, réussit à créer une entreprise de transports.
Décédé en 2010, à la veille de ses 100 ans, Raoul Léger a laissé le témoignage d’un homme pour qui l’enfance fut rude mais qui « n’avait pas de haine et pas non plus l’impression d’avoir raté sa vie ».
Texte : Danièle Brière d’après une notice de Jacques Bourquin
Liens externes
« Un jour à Mettray » (M. Basdevant, 1989) [vidéo]
A travers les témoignages de Raoul Léger et d’André Clarté, anciens colons, ce document décrit la difficulté des conditions de vie et de détention de la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray entre 1920 et 1930.
Un témoignage radio de Raoul Léger (2003)
Le 24 novembre 2003, Daniel Mermet reçoit Raoul Léger dans son émission Là-bas si j’y suis . Agé de 92 ans, ce dernier évoque les lourds souvenirs de ses cinq années passées à la colonie pénitentiaire agricole de Mettray. L’interview démarre à 8mn10.